Logement : la Ville reprend la destinée du terrain de feu « Dorimène »

La Ville de Québec s'apprête à acquérir un terrain en bordure de la rue Saint-Luc dans le but d'y réaliser un projet communautaire de logements sociaux ou abordables. Ce terrain appartenait au groupe de citoyens derrière le défunt projet de coopérative d'habitation Dorimène.

Logement : la Ville reprend la destinée du terrain de feu « Dorimène » | 12 janvier 2024 | Article par Thomas Verret

La Ville achètera ce terrain de la rue Saint-Luc, au coût de 549 000 $, à des fins de logement social ou abordable.

Crédit photo: Google Map

La Ville de Québec s’apprête à acquérir un terrain en bordure de la rue Saint-Luc dans le but d’y réaliser un projet communautaire de logements sociaux ou abordables. Ce terrain appartenait au groupe de citoyens derrière le défunt projet de coopérative d’habitation Dorimène.

En entrevue téléphonique avec Monsaintsauveur, le porte-parole du regroupement confirme ce qu’un peu tout le monde savait déjà. Le projet de coopérative d’habitation à vocation écologique et environnementale Dorimène est mort dans l’oeuf, puisque insoutenable financièrement pour de simples citoyens.

« La toute dernière hausse d’intérêt des taux de la SCHL a fait en sorte que le projet n’était plus viable », explique Thomas Boisvert-St-Arnaud.

Une offre plus lucative du privé était aussi sur la table.

« On aurait pu vendre le terrain beaucoup plus cher à un privé, mais on a voulu garder la nature communautaire du projet », précise M. Boisvert-St-Arnaud.

Un poids trop lourd à porter

Malgré toute leur bonne volonté, les citoyens ont dû se faire une raison dans le contexte économique actuel, non sans avoir épluché toutes les possibilités. Le constat est sans équivoque. Lever ce type de projet onéreux relève d’une complexité qui dépasse largement leurs capacités financières et techniques.

« C’est très difficile », admet Thomas Boisvert-St-Arnaud.

D’une part, la chaîne d’approvisionnement est mise à mal depuis la pandémie. Les prix ont considérablement augmenté. Et c’est d’autant plus vrai avec l’inflation.

« Il n’y a jamais eu de réajustement vers le bas, ce qui fait que les coûts de construction ont presque doublé par rapport à avant la COVID, et se sont maintenus haut. »

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En parallèle, il est de plus en plus compliqué d’emprunter de telles sommes d’argent, avec la hausse des taux d’intérêt. Le risque associé à ce genre de projet est tout simplement trop important.

Qui plus est, les programmes d’habitation ont de la difficulté à répondre aux besoins liés à la réalisation de projets favorisant la mixité sociale, comme celui d’une coopérative d’habitation.

Les processus s’avèrent complexes et comportent énormément d’incertitudes.

« Et les organismes responsables de nous aider ne vont pas faire ça, parce que pour eux, c’est beaucoup de travail et très peu de rémunérations », ajoute M. Boisvert-St-Arnaud.

« Les citoyens doivent tout avancer le travail de leurs poches, prendre un immense risque, comme nous on fait, parce qu’on va accuser une perte financière pour que ça reste du logement communautaire », avoue-t-il.

Ainsi, sans experts pour les accompagner, les citoyens doivent se former eux-mêmes à devenir des développeurs immobiliers. Trop souvent, cette tâche colossale décourage des gens bien intentionnés, qui finissent par baisser les bras devant l’ampleur du défi.

« Ce qui fait en sorte pour que tous les projets de cette nature-là, on accuse un retard (au Québec) », estime par ailleurs le porte-parole de la Fiducie Foncière Communautaire Québec.

Réaction

Mis au courant des intentions de la Ville, la présidente du Conseil de quartier de Saint-Sauveur réagit favorablement à cette nouvelle.

« Je trouve que c’est une belle acquisition pour la Ville », commente à chaud Myriam Nickner-Hudon, à l’autre bout du combiné.

Cette dernière y voit une opportunité « de bonifier l’offre de logements pour des ménages un peu plus vulnérables ».

« Ça peut aussi être une belle occasion pour la Ville d’innover par rapport à ses méthodes de construction, entre autres, au niveau réglementaire », ajoute-t-elle, pointant notamment la place trop importante à ses yeux réservée aux stationnements dans les projets d’habitation.

Mme Nickner-Hudon soulève également une opportunité d’acquisition à un jet de pierre, le terrain d’à côté dont « la bâtisse a passé au feu et est semi abandonnée ».

« Si la Ville peut, en même temps, faire des représentations pour acheter le terrain voisin, ça serait vraiment parfait, pour justement réaliser un projet avec une meilleure valeur ajoutée, parce que ça coute très cher de faire des projets avec un plus petit nombre d’unités. C’est plus difficile à financer. »

Toujours selon la présidente du conseil de quartier, ce secteur est propice pour un projet de logements sociaux communautaires d’envergure.

« C’est très cohérent avec ce bout-là de la rue Saint-Luc », analyse Myriam Nickner-Hudon.

« Ça viendrait combler ce qu’il y a déjà sur la rue pour accueillir ce type de clientèle », croit-elle, faisant remarquer au passage la présence à proximité d’organismes communautaires dédiés à la cause, comme Vivre chez soi et PECH, de même que d’autres unités d’habitation.

Chose certaine, l’avenir du terrain situé à l’angle des rues Saint-Luc et Saint-Benoît repose désormais entre les mains de la Ville de Québec et de l’Office municipal d’habitation de Québec (OMHQ).

La municipalité paiera d’ailleurs 549 000 $ pour ce terrain, évalué à 364 000 $, selon le rôle triennal d’évaluation foncière 2022-2023-2024. En fin de compte, le prix de vente reflète l’état du marché. C’est ce qu’a indiqué le conseiller de Saint-Roch–Saint-Sauveur lors du conseil de ville du 16 janvier. Pierre-Luc Lachance a rappelé que des investisseurs privés étaient aussi intéressés à en faire l’acquisition.

« (De notre côté), on y a vu un potentiel pour faire un projet de développement de logements sociaux, comme le projet devait en inclure à la base. Pour nous, c’était important de répondre présent dans cette dynamique-là », a souligné l’élu de Québec forte et fière.

Plus de détails concernant cette acquisition imminente de la municipalité figurent dans ce récent sommaire décisionnel.

Le sujet risque de rebondir à la prochaine assemblée du Conseil de quartier de Saint-Sauveur, mercredi, au Centre communautaire Édouard-Lavergne

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