Ici vécut: Luc André Godbout, au 287, rue Chénier

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué à leur façon l’histoire de la ville. Luc André Godbout (1933-2004), surnommé « le ramoneur des pauvres », a tellement marqué l’histoire du quartier que son ancienne maison, à l’angle des rues Carillon et Chénier, porte désormais son nom.

<em>Ici vécut</em>: Luc André Godbout, au 287, rue Chénier | 18 juin 2023 | Article par Simon Bélanger

Maison Luc André Godbout, où se trouve le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS)

Crédit photo: Simon Bélanger

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué à leur façon l’histoire de la ville. Luc André Godbout (1933-2004), surnommé « le ramoneur des pauvres », a tellement marqué l’histoire du quartier que son ancienne maison, à l’angle des rues Carillon et Chénier, porte désormais son nom.

Luc André Godbout est né pendant la crise économique des années 1930. Orphelin de Duplessis, ses premiers mois de vie seront vécus à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, à Québec. À 2 ans,  il est envoyé à l’Hôpital de Baie-Saint-Paul, où il reste pendant environ vingt ans.

Il a évoqué les sévices vécus à cette époque, dans un reportage diffusé à Second regard, sur les ondes de Radio-Canada, en 1979.

« C’était nazi, il manquait juste les fours crématoires », disait-il en entrevue au Soleil deux ans plus tard.

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Luc André Godbout revient finalement dans la région. Il est notamment envoyé à l’Hôpital Saint-Michel-Archange, d’où il sortira à 22 ans.

Luc André Godbout occupe toutes sortes de petits boulots. Il travaille d’abord à l’externat classique Saint-Jean-Eudes, mais également comme journalier pour la Davie, à Lauzon. L’entreprise ferme avant qu’il n’obtienne sa permanence et il participe à une première marche pour dénoncer la situation.

Un feu qui change sa vie

À l’hiver 1957, alors qu’il se trouve sur la rue Saint-Paul, un incendie détruit complètement la résidence d’une femme, qui perd ses deux enfants dans le brasier.

Elle a expliqué à Luc André Godbout qu’elle n’avait pas suffisamment d’argent pour faire réparer son poêle, ce qui a mené au funeste événement. Un homme avait aussi perdu la vie lors du feu.

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Cet événement marque l’homme qui, révolté par la situation des « pauvres gens », décide de consacrer sa vie aux personnes dans le besoin.

Luc André Godbout se promène avec sa charrette dans les rues de la Basse-Ville de Québec. Il ramone des cheminées, répare gratuitement les annexes à l’huile et aide à déménager les gens. Il est reconnaissable à ses mains et son visage noircis par la suie.

L’homme se rend disponible en tout temps, de jour comme de nuit, et même pendant les réveillons. Luc André Godbout aide son prochain, qu’il vive dans Saint-Sauveur ou dans le quartier Montmorency, complètement à l’est de Québec.

À ses débuts, il se fait expulser de plusieurs maisons de chambre, puisque le téléphone sonnait sans arrêt. Il s’est installé au début des années 1970 au 287, rue Chénier. Il est accueilli là par le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS). L’organisme est toujours présent dans le même bâtiment, dont l’adresse est officiellement le 301, rue Carillon.

Décrasser les fournaises et les consciences

Pour subvenir à ses besoins de base, Luc André Godbout reçoit une petite somme en bien-être social.

Ses idées politiques étaient aussi bien arrêtées, dénonçant les excès du système capitaliste et les décisions politiques qui n’aident pas les personnes démunies.

Il se donnait comme objectif de décrasser les fournaises et les consciences. Dans les années 1970 et 1980, Luc André Godbout organise une vingtaine de marches et de jeûnes. Il parcourt même à pied la route entre Québec et Ottawa, pour demander aux politiciens d’aider les plus pauvres de la société.

En 1974, il se fait offrir l’Ordre du Canada, qu’il refuse.

« En acceptant, ça aurait voulu dire que j’étais d’accord avec le chômage, les fermetures d’usines, la pollution. C’aurait été fausser ma solidarité », explique-t-il au Soleil le 29 juin 1981.

Luc André Godbout, à l’ouvrage.
Crédit photo: Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur

Déménagement à Sillery et décès

L’homme qui était associé de près aux quartiers populaires déménage dans la municipalité cossue de Sillery, dans les années 1980. Une amie le prend alors sous son aile.

Luc André Godbout poursuit quand même son œuvre, puisqu’il s’achète un camion. Il devient le « déménageur des pauvres ». Son travail se poursuit sur l’ensemble du territoire de Québec.

Il s’éteint le 2 septembre 2004, à l’âge de 71 ans. Plutôt que d’envoyer des fleurs, il demandait aux gens de faire des dons pour Action Chômage ou pour l’Association pour la défense des droits sociaux.

Maison Luc André Godbout

Ce dernier organisme, qui s’appelle désormais Association pour la défense des droits sociaux du Québec métropolitain (ADDS-QM), est toujours installé aujourd’hui dans le bâtiment où vivait autrefois Luc André Godbout, dans Saint-Sauveur.

En 2009, le CCCQSS, qui se trouve au même endroit, a donné le nom « Maison Luc André Godbout » au bâtiment qui abrite aussi ses locaux. Le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches (RÉPAC-03) occupe également les lieux.

Le lieu a été bâti en 1955 et avait été érigé pour Alfred Maranda. Des rénovations ont eu lieu en 2016-2017 pour rendre l’endroit davantage accessible.

Un film de l’Office national du Film, intitulé Ti-Dré et paru en 1976, est consacré à Luc André Godbout. Il est disponible gratuitement ici : https://www.onf.ca/film/ti-dre/ 

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut. La capsule de celle de Luc André Godbout contient une capsule sonore de l’historien Réjean Lemoine et quelques photos.

Sources:

Georges Angers, « Nouvelle destination Ottawa : Godbout pousse toujours sa charrette », Le Soleil, 29 juin 1981, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Radio-Canada, « L’histoire de Luc André Godbout, le ramoneur des pauvres à Québec, en 1979 », émission Second Regard, 23 décembre 1979

Répertoire du patrimoine bâti de la Ville de Québec – Maison Luc-André-Godbout, site de la Ville de Québec

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