Météo : huit tempêtes de neige d'exception à Québec

Puisque le sujet était d'actualité en début de semaine, et pour partager avec vous ma passion de la météo, voici une sélection de tempêtes de neige qui m'ont particulièrement marqué.

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Cet inventaire de mon cru prend son départ en 1969. On peut remarquer que les années 1970 semblent avoir été fastes en tempêtes majeures, avant une décennie plutôt clémente à ce chapitre. Historiquement à Québec, mars est réputé comme étant « le mois des tempêtes ».

Pour le choix de ces huit tempêtes, j'ai retenu comme critères leur impact dans la ville ou leur lien étroit avec des systèmes météo mémorables ayant affecté l'est américain. On parle principalement de dépressions qui naissent au voisinage du golfe du Mexique ou sur la côte Atlantique. Ces dernières sont nommées nor'easters par nos voisins du sud en prenant souvent des caractéristiques de « bombes météo », qualifiées ainsi pour leur creusement très rapide.

Comme principales références, outre Le Soleil, j'ai utilisé mes propres articles tout en m'appuyant sur des données fiables d'Environnement Canada. Je remercie en passant notre collègue des premier jours, Jocelyn Paquet, pour les précieuses photos tirées de sa collection.

1- 26 au 28 décembre 1969 : un temps des Fêtes chamboulé

Cette voiture, comme des dizaines d'autres, a été abandonnée per son propriétaire après une multitude de vains efforts pour la remettre en marche. Plusieurs n'ont pas réussi à obtenir les services de dépannage car ceux-ci étaient débordés. - Le Soleil

Après avoir déferlé sur la Nouvelle-Angleterre avec près de 100 cm de neige en montagne et des inondations sur des villes côtières, cette profonde dépression a fait du surplace sur l'ouest du Québec. C'est ainsi que Montréal a battu son record pour une chute de neige, soit 70 cm en 60 heures.

Ici, nous avons reçu 51 cm de neige avec, en prime, quelques heures de grésil, de pluie verglaçante et de pluie. De plus, on a enregistré à l'aéroport une pointe de vent jusqu'à 92 km/h dans la nuit du 27, au pic des intempéries. Cinq victimes ont été rapportées dans la région, de même que d'importants dégâts matériels. Les plus significatifs ont touché l'église de Saint-David de Lévis, qui a vu son clocher emporté par les rafales, et la librairie du journal l’Action sur la rue Saint-Paul.

À consulter :

2- 4 mars 1971 : la Tempête du siècle

Au lendemain de la Tempête du siècle sur la rue De Maizenod, dans le quartier Saint-Sauveur.

D'Ottawa à Gaspé, cette « tempête parfaite » a recouvert une très vaste partie du territoire québécois de plus de 40 cm de neige balayés par des vents d'une férocité exceptionnelle. On parle même du double dans la Réserve des Laurentides!

Record inégalé à ce jour, les 44 cm en une journée à Québec sont certes dignes de mention. Mais c'est clairement la férocité d'Éole qui souligne le plus le caractère singulier de ce que l'on baptisera la Tempête du siècle. Outre une pression minimale enregistrée de 96,36 KPa (autre record toutefois battu le 14 mars 1993), le nordet jusqu’à 111 km/h en ferait aussi la plus violente tempête de vent de longue durée ayant, depuis, affecté la basse-ville.

En cette journée d'état d'urgence ici comme à Montréal, des dommages majeurs ont été notés en basse-ville. À titre d'exemples, dans Saint-Roch, le Château Champlain (plus tard Lauberivière) a vu sa grande cheminée de briques enfoncer son toit. Des vitrines de magasins ont éclaté sur la rue Saint-Joseph Est au pic du blizzard. Enfin, parmi la trentaine de toitures arrachées ou endommagées, celle de l'école de la rue De Mazenod, dans Saint-Sauveur, a aussi fait l'actualité.

À consulter :

3- 3 et 4 avril 1975 : une spectaculaire tempête printanière

Sous le viaduc de l’autoroute 40 surplombant la 3e Avenue Ouest, dans le secteur de Charlesbourg, aprèes la tempête d'avril 1975.

Cette tempête tardive a balayé l’est du continent. M¨¨ême si elle est peu documentée, plusieurs qui en ont vu d'autres la considèrent comme la pire immortalisée sur la région depuis celle du 4 mars 1971.

À Québec, 43 cm de neige et des vents jusqu'à 93 km/h ont plongé la ville dans une visibilité zéro pendant au moins huit heures consécutives dès l’après-midi du 3. Les conséquences ont entraîné deux décès et privé d’électricité des milliers de foyers. Il a fallu plusieurs jours pour rétablir la circulation en raison des nombreux véhicules abandonnés sur les routes.

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4- 2 février 1976 : un blizzard glacial

C'est par milliers que les automobilistes ont abandonné leur véhicule le long des artères de la région de Québec. - Le Soleil. Photo : Jacques Deschênes.

Peu référencée elle aussi, cette tempête a pourtant engendré des conditions météo extrêmes dans l'est du Canada. Ce que l'histoire retient surtout? Les dégâts qu'a subis la ville de Saint John, au Nouveau-Brunswick, fouetté par ses vents atteignant 188 km/h.

Dans le sud et l'est du Québec, après la pluie, un dangereux blizzard a fait chuter la température ici. Entre 10 h et 16 h, elle est passée de 0 ° C à -24 ° C, pour un ressenti de -41 ° C avec le facteur éolien, en plein après-midi!

Le record absolu de basse pression à 96,5 kPa enregistré alors à Québec souligne la puissance du phénomène. Douze cm de neige poussés par des rafales du nord-ouest jusqu'à 97 km/h ont réduit la visibilité à nulle durant quatre heures, forçant la fermeture de nombreuses routes encombrées de voitures enlisées.

À consulter :

5- 13 et 14 mars 1993 : la « Supertempête »

Le débordement du fleuve sur la rue Dalhousie, près de la place Royale, le 14 mars 1993.

Cette tempête hors du commun, par son amplitude à l'échelle de l'est du continent, s'est s'étirée de Cuba dans le sillage de son front froid, jusqu'à la Nouvelle-Écosse. Cent millions de personnes dans 26 états ont été affectées. On a estimé à près de 7 MM$ les dégâts et déploré 310 pertes de vie. Pas très loin de Montréal, Burlington au Vermont avait reçu 57 cm de neige en quelques heures seulement.

Attendue ici avec la même intensité, la « Supertempête » n’aura finalement déposé que 25 cm de neige sur Québec en soirée et durant la nuit. Sa trajectoire plus au sud nous aura évité la « totale ». Les vents ont tout de même atteint les 80 km/h. Vers 7 h 00, près du centre calme, la pression a chuté à 96,5 kPa, battant de justesse le record mensuel établi lors de la Tempête du siècle. Cette pression a coïncidé avec de hautes marées (plus de 7 mètres à Québec). Ainsi, des inondations d’une rare étendue ont sévi le long du fleuve, notamment dans le secteur du Vieux Port, et même jusqu'au niveau de la 4e Rue/des Capucins, dans Limoilou.

À consulter :

6- 21 et 22 février 1997 : un orage de neige hors du commun

Le toit est tombé d'un coup, au Quillorama. - Le Soleil. Photo : Stéphane Verreault

Certes, toujours du point vue historique, cet événement météo n'a guère retenu l'attention. Son impact majeur était surtout concentré sur les régions de Québec et du Bas-Saint-Laurent.

Mais chez nous, c'est 54 cm de neige avec un peu de grésil qu'on a accumulés, vraisemblablement un sommet pour une durée de deux jours. Surtout, c'est le pic de cette tempête dans l'après-midi du 22 qui demeure mémorable. Il a donné trois heures de visibilité nulle agrémentée d'une quinzaine d'éclairs et de coups de tonnerre! En ce début d'année très enneigé, l'effondrement du toit de la salle de quille de Beaupré et l'affaissement de celui du Carrefour Neufchâtel ont notamment fait les manchettes.

À consulter :

7- 8 et 9 mars 2008 : la plus intense d'un hiver record

La 8e Avenue après la plus forte tempête de l'hiver 2007-2008. 10 mars 2008.

La « bombe météo » a d'abord engendré des tornades dans le sud-est des États-Unis, comme on l'observe souvent avec ce genre de système atmosphérique. Elle a ensuite déferlé dans la vallée de l'Ohio, le sud de l'Ontario et le sud du Québec. On y a rapporté de 30 à 50 cm, accompagnés de vents destructeurs.

À Québec, cette tempête a débuté dans l'après-midi du 8 pour s'étirer jusqu'au petit matin, cumulant un total de 40 cm en deux jours. Il y a eu les habituels dégâts matériels engendrés par le vent en rafales jusqu'à 100 km/h, dont quelques toits endommagés et la chute d'un mur du 4160, 6e Avenue à Limoilou. Outre ceux-ci, un carambolage de plusieurs dizaines de véhicules après la sortie de l'autoroute 40 a entre autres forcé 125 personnes à passer la nuit à l'hôtel de ville de Saint-Augustin-de-Desmaures. L'événement, faut-il le rappeler, a contribué à établir le nouveau record de 558 cm de neige du fameux hiver 2007-2008.

À consulter :

8- 14 et 15 mars 2017 : le blizzard de l'autoroute 13

Le blizzard s'abat sur Limoilou en cette soirée du 14 mars 2017. Ici, la 4e Avenue.

Enfin, couvrant une grande partie du Québec, cette dernière tempête ressemblait beaucoup à celle survenue neuf ans plus tôt. Elle aurait même surpassé celle du 4 mars 1971 dans les régions au sud du fleuve entre Montréal et le Bas-Saint-Laurent, Drummonville enregistrant 73 cm de neige. On se souviendra longtemps des quelque 300 véhicules pris sur l’autoroute 13 pendant toute la nuit du 15. Dans le secteur de Montmagny, deux employés d'une entreprise de camionnage ont aussi trouvé la mort, ensevelis dans leur voiture.

À Québec, les 37 cm de neige en moins de 24 heures combinés à un nordet flirtant avec les 100 km/h ont causé, entre autres désagréments, le débordement du fleuve, dans une moindre mesure comme en 1993. À cela s'est ajoutée une panne majeure d'électricité, qui a affecté notamment une grande partie de Limoilou dans la soirée du 14, pendant que se déchaînait le blizzard.

À consulter :

Vous avez aussi des souvenirs ou des photos à nous partager sur nos tempêtes d'antan, celles des années 1970 en particulier? N’hésitez pas à nous les transmettre!

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