Jeanne Camirand : « J’ai Saint-Sauveur tatoué sur le cœur » | 6 août 2021 | Article par Viktoria Miojevic

Crédit photo: Viktoria Miojevic

Jeanne Camirand : « J’ai Saint-Sauveur tatoué sur le cœur »

À l'initiative du marché Saint-Sauveur, engagée dans la lutte contre les changements climatiques et passionnée d'agriculture, Jeanne Camirand raconte à travers son parcours, son attachement à la communauté.

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Une enfance dans les quartiers centraux

Arrivée à tout juste un an à Québec, avec une mère originaire de Drummondville, professionnelle de recherche, en épidémiologie et son père caricaturiste dans le Vieux Québec, Jeanne Camirand a grandi dans les quartiers centraux de Québec.

Elle grandit en ville mais avec « un amour pour la nature », comme elle aime à le préciser. Ses grands-parents vivaient, eux, en campagne. Un mode de vie qui influencera peut-être, plus tard, son choix pour l’agronomie.

Elle décrit son cadre de vie familial comme « assez minimaliste, avec des valeurs écologistes et un amour de la nature ».

Au moment des études, elle choisit l’agronomie. À 24 ans, elle réalise un stage dans une ferme bio située dans Charlevoix, la ferme de Monts, une expérience qui s’avère déterminante pour la suite.

« Si je suis allée en agronomie, c’est que je suis gourmande et j’aime manger. Ça alliait les deux, la science, la biologie puis la nourriture. C’est la science parfaite pour moi. »

Sensibiliser le milieu agricole aux changements climatiques

En étudiant puis travaillant en agronomie, sa volonté est d’aborder des enjeux de société « les changements climatiques, le système agricole ». C’est Nature Québec qui a orienté sa spécialisation dans les changements climatiques.

Pendant cinq ans, elle sillonne les propriétés agricoles du Québec pour faire de la sensibilisation à la lutte contre les changements climatiques.

« C’était quand même une vingtaine de fermes à travers le Québec. Je me promenais! Ceux qui adhéraient au projet étaient plus pionniers. Ils croyaient déjà que les changements climatiques étaient générés par l’Homme. En 2008, quand on parlait de changements climatiques, on se faisait dire « est-ce que ça existe vraiment? », on se faisait challenger. Là, je me projette dans l’avenir, on est treize ans plus tard, puis on est rendus ailleurs, on parle de solutions. Le monde agricole réfléchit lui-même à ses impacts et comment les résoudre. En treize ans, il y a quand même eu une évolution. »

Avec le projet « Vers des fermes zéro carbone » de Nature Québec, sur le terrain, elle réalise de l’accompagnement pour des fermes qui voulaient réduire leur empreinte carbone.

« Du côté lumineux de la force »

En plus de son parcours en agronomie, ses amis la pousse à s’impliquer. Grâce à son stage, quelques années auparavant, elle a pu découvrir « la nature magnifique de Charlevoix ». Aussi, elle comprend là-bas la satisfaction d’une longue journée de travail à l’extérieur, « les mains dans la terre » au milieu des 250 variétés de fleurs, légumes et fines herbes.

Maintenant, ses journées sont dédiées à son travail au Ministère de l’Environnement. En gestion de programme contre les changements climatiques, son travail consiste à gérer les programmes dédiés aux municipalités. Au quotidien, elle lance des appels à projets, fait du suivi de projet, finance et accompagne les villes.

Avec le sourire dans la voix, elle rapporte qu’elle se sent, dans son travail, « du côté lumineux de la force ». Dans la sphère des changements climatiques, il y a tout le côté prévision, celui des scientifiques qui documentent l’ampleur des changements climatiques, le côté « déprimant » et de l’autre, la sphère des « projets ». C’est d’être de ce bord-là, celui des projets, qui la garde positive.

La création du marché Saint-Sauveur

La première implication de Jeanne Camirand remonte à la fin de son bac. En 2007, regroupés avec une dizaine d’amis dans un café, ils lancent l’idée de la Fête des semences et de l’agriculture urbaine à Québec. Plus tard, cette petite équipe va créer le Réseau de l’Agriculture urbaine de Québec.

Dans Saint-Sauveur depuis 2011, après des années d’implication dans la Fête des semences, elle se redirige vers un nouveau projet : celui de fonder un marché à Saint-Sauveur.

« Avec la fête des semences, je me suis rendu compte que c’était le fun d’être bénévole. C’était pas juste un ‘fardeau’. En m’impliquant je me suis rendu compte du bonheur de m’impliquer pour quelque chose qui dépasse tes propres intérêts. Puis là-dedans on rencontre des amis, on se fait des connaissances. »

Son coin de Saint-Sauveur, elle le décrit comme un « désert alimentaire ». Sa préoccupation pour une alimentation bio, sans pesticide et avec le moins d’intrants possibles lui a montré la difficulté d’y accéder dans le secteur. C’est d’ici que part l’idée de créer le marché de Saint-Sauveur. Elle explique qu'au début: « c’est une table de brainstorm, de tempête d’idées, puis qu’est-ce qu’on pourrait faire? Qui a des contacts? ».

La mise en place du marché avec la « gang de citoyens »

À ce moment-là, les prises de contact s’enchaînent et l’équipe lance un sondage. Ce qu’il en est ressorti, c’est le désir unanime que le marché soit installé au Parc Durocher. Par le passé, Jeanne Camirand explique qu’il y a eu un marché à cet endroit, les Halles Saint Pierre. Des aînés se remémorant leurs souvenirs d’enfance au marché ont insisté pour que le marché soit installé là, au Parc Durocher.

En 2013, ils réalisent une édition projet-pilote trois samedi et là, la petite équipe sent l’enthousiasme collectif.

« Les gens avaient envie de se réunir. C’est comme le nouveau parvis d’église. Les gens ont envie de se croiser, croiser des voisins. On était heureux de constater que le besoin qu’on avait ciblé, nous, d’autres gens l’avaient. »

L’édition a grandi d’années en années. Aujourd’hui, il y a jusqu’à quinze kiosques par samedi et environ 600 visiteurs hebdomadaire.

« Ce qui est cool avec les implications c’est que tu peux développer des compétences que tu avais pas forcément. Moi, j’ai pas étudié en comm' ou en graphisme mais faut ben que quelqu’un le fasse »Je me suis occupée des exposants pendant deux ou trois années, et puis les communications. »

 Le collectif Fardoche

Après quelques années de soutien du Comité Saint-Sauveur, la petite « gang de citoyens » décide de voler de ses propres ailes.

En 2019, ils fondent le collectif Fardoche dont Jeanne Camirand est administratrice. Le mandat est plus large que la tenue du marché. L'objectif est d'intervenir « sur le système alimentaire du quartier pour augmenter le bien-être des résidents ».  Les thématiques passent par l'agroalimentaire, le verdissement et l'alimentation.

Récemment, le collectif Fardoche a mis en place un jardin en bac  temporairement hébergé au  Jardin Tournesol. Après les travaux du Service d'entraide Basse-Ville, il pourrait être déplacé sur les toits.

À l’automne, le développement du plan d’action va permettre à la communauté d'avoir des réflexions sur les prochains projets.

« Moi mon rêve, c’est que le quartier Saint-Sauveur soit un quartier nourricier et qu’il y ait un système alimentaire intégré sur le territoire. Qu’il y ait des cuisines collectives, de la transformation alimentaire avec des produits qui seraient jetés par l’épicerie et réintégrés, que tout ça soit imbriqué, réfléchi tout ensemble. Tu vas emmener tes enfants à la garderie, tu passes, tu cueilles ta collation. »

« À Saint-Sauveur, la communauté est tissée serré »

Aux personnes qui souhaiteraient s’impliquer, elle conseille de « faire un état de la situation, de s’arrimer aux groupes locaux, se rassembler avec plusieurs personnes, faire des concertations, contacter les entreprises ou élus qui seraient partie prenante du projet ».

Elle ajoute qu'il y a beaucoup d'organisations et qu'il est facile de s'impliquer :

«J’aimerais dire ça aux gens de s’impliquer, au moins une fois, pour essayer. Pour essayer et puis voir ce que ça crée à l’intérieur d’eux. On peut tellement faire des grands et des beaux projets quand on se réunit. Chacun y va de ses capacités et de son temps puis on peut créer quelque chose de beau puis grand. Osez! »

« J'ai toujours hésité entre la science puis l'art »

En plus de son travail et des implications bénévoles, Jeanne Camirand tient une boutique en ligne. Il y a quelques années, un proche lui donne l’idée de créer des bijoux à partir de pièces recyclés de vélos. Dans la réparation des deux roues, de petites pièces traînent toujours.

Bricoleuse depuis son enfance, ni une, ni deux, elle se met à confectionner des bijoux à partir de ces petites pièces de vélo recyclés. Elle crée sa boutique Etsy Jeanne LaLune.

Jeanne Camirand décide de reverser une partie des bénéfices de sa boutique à des organismes. Elle choisit au mois de mai Regeneration Canada, puis Mikana. Le prochain organisme qui recevra une partie des bénéfices des ventes, au mois d'août, sera le Centre des femmes de la Basse-Ville.

Pour découvrir un autre portrait d'un résident de Saint-Sauveur: Gilbert Dion : « On a des musiciens au Québec de classe mondiale » | Monsaintsauveur