Histoire de l’aqueduc de Québec : 5- Construction du réservoir d’eau potable sur les plaines d’Abraham | 15 mai 2021 | Article par Réjean Lemoine

Préparation du terrain pour la construction de la fondation du réservoir de l’aqueduc situé au parc des Champs-de-Bataille (plaines d’Abraham). 1931.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Histoire de l’aqueduc de Québec : 5- Construction du réservoir d’eau potable sur les plaines d’Abraham

Monquartier réactualise les articles de Réjean Lemoine qui ont particulièrement retenu l’attention de 2010 à 2014. Il relate dans cette série l’histoire de l’aqueduc municipal, qui remonte au milieu du XIXe siècle. Sur son parcours, une rue du quartier Saint-Sauveur en retiendra le nom. Voici le dernier volet de cette série.

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Sur les hauteurs de la ville pour mieux la protéger

Québec connaît au milieu des années 1920 un développement accéléré, particulièrement dans les quartiers Montcalm et Limoilou. Il se construit de nombreuses maisons le long des rues où circulent les tramways de la Quebec Railway. Le réseau d’aqueduc ne suffit plus à la demande. La pression d’eau est insuffisante dans les nouveaux quartiers, et la ville connaît des disettes d’eau potable de manière récurrente en raison de fuites et de ruptures des réseaux d’approvisionnement.

Mandatée par la Ville de Québec en 1925, une commission d’ingénieurs recommande la construction d’un réservoir sur les hauteurs de la cité pour mieux la protéger contre les incendies et assurer un approvisionnement en eau potable plus sécuritaire. Le projet est évalué alors à 600 000 $. Il s’agit de construire sur les plaines d’Abraham un lac artificiel ou un réservoir couvert. Mais la question fait débat dans l’opinion publique de l’époque : les citoyens voudraient un lac artificiel sur les plaines alors que les ingénieurs recommandent un réservoir couvert.

La Ville commence à préparer des plans et devis en 1929. Elle décide de réaliser ce projet sur le site de l’usine de munitions de la Ross Rifles qui sera démolie. En août 1930, la Commission des Champs de bataille nationaux donne son accord à la condition que le réservoir soit « construit sous terre en béton et recouvert d’une couche de terre arable de deux pieds afin de permettre des plantations ».

Un chantier pour aider aussi les victimes de la crise économique

Il s’agit d’une photographie représentant la construction du réservoir de l’Aqueduc situé au parc des Champs-de-Bataille. On y voit les fondations du réservoir. 1932.
Crédit photo: Archives de la Ville de Québec
Henri-Edgar Lavigueur
Crédit photo: Livernois Ltée

Élu en février 1930, le maire de Québec, Henri-Edgar Lavigueur, doit faire face à une situation économique qui se dégrade rapidement. En août, dans un mémoire, il demande au gouvernement fédéral d’intervenir pour aider les 5 000 chômeurs de Québec. Le maire propose d’entreprendre dans les plus brefs délais des travaux comme la construction du réservoir sur les plaines, l’installation d’un égout collecteur le long de la rivière Saint-Charles et le projet de rénovation des fortifications. Dès septembre, le gouvernement fédéral vote un montant de 20 M $ pour aider les chômeurs et en 1932, il crée le programme de Secours direct, ancêtre du programme d’assurance-chômage.

C’est ainsi que de 1930 à 1934, pour faire face à la Crise, 2,5 M $ seront dépensés à Québec en travaux municipaux et en secours direct par les trois niveaux de gouvernement. En octobre 1930, la Ville obtient d’abord le feu vert pour la construction du réservoir d’eau potable d’une capacité de 30 millions de gallons d’eau. Le projet est évalué à 1 M $ et il donnera du travail à des centaines de chômeurs. Au début de 1931 commencent les travaux de démolition de l’usine de munitions Ross Rifle. Au mois d’août est entrepris le creusage du réservoir sur ce même site des plaines d’Abraham.

Le 4 août 1933 marque la fin des travaux et l’on peut commencer à emplir le réservoir d’eau potable. Le maire Lavigueur déclare : « Nous n’avons plus à redouter aucune disette d’eau dans la ville ». Les journaux se réjouissent en écrivant que l’on ne verra plus « le spectacle d’une population qui fait la chaîne avec des seaux en arrière des arrosoirs mécaniques » lors des ruptures du réseau.

Avec le nouveau réservoir, même si les trois tuyaux d’eau potable qui relient Québec à la prise d’eau de Loretteville – en passant par la rue de l’Aqueduc dans le quartier Saint-Sauveur – se brisaient en même temps, la ville aurait une réserve d’eau pour 24 heures.

Retrouvez les quatre autres volets de la série :
Expansion de la ville, troisième chantier
Le lac Saint-Charles, un grand réservoir naturel
Le plus important projet d’infrastructure au XIXe siècle à Québec
Une reconstruction après des conflagrations

Du même auteur, d’une série précédente : Le Palais central de l’Expo.