Ce pays des évidences stupéfiantes | 14 juillet 2020 | Article par Anny Bussières

« Parc Durocher? C’est mon bureau. » – Christian Girard

Crédit photo: Suzie Genest

Ce pays des évidences stupéfiantes

Christian Girard écrit chaque jour, que ce soit quelques mots, une phrase, une ébauche de poème ou un court texte imagé, sans plan raisonné, en se laissant porter par l’intuition, la passion et la densité du quotidien. De cette production éclectique émergent des thématiques fortes qui transcendent le particulier pour toucher à l’universel.

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Son plus récent recueil, intitulé Le temps qu’il fait, se compose de cinq grappes de textes allant de la simple phrase au paragraphe bien dodu; chacune dévoile son atmosphère et son rythme petit à petit, comme un cadeau.

Dans « Trésors violents », l’auteur de Saint-Sauveur présente des textes où s’entremêlent la douceur d’une langue française vibrante et évocatrice, l’intemporalité de la nature et la tempête d’émotions cachées en chaque être humain.

« Des habitations taillées par des légendes forestières aux moustaches de fer et aux mains grandes comme des trappes de sous-sol où sont cachés les trésors violents de nos insomnies. »

La grappe « Météo », la plus forte du recueil, se sert de l’imprévisibilité de la température du Québec comme prétexte à une explosion surréaliste de sourires, de questionnements et de commentaires sociaux bien sentis.

« Aujourd’hui, le soleil sera au rendez-vous des routes usées, des paroles perdues, des voix élimées. Il y aura du vent, heureusement froid, pour fouetter les solitudes, faire mentir les silences. »

Une photo qui « colle » au recueil, dit l’auteur.
Crédit photo: Christian Girard

« Petites annonces », quant à elle, propose un feu roulant de curiosités fluides, rapides et explorant le banal à grands coups d’images saisissantes. Tous ces textes sont empreints d’angoisse, de mélancolie, de solitude, mais aussi de réalisme, affirmé ou magique, selon l’inspiration.

Christian Girard ne fournit pas les clés de son univers artistique et philosophique, il entrouvre la porte et pointe dans la direction du chemin à emprunter. Une première lecture du recueil fera émerger une conscience floue de l’identité de la bête; une deuxième lecture permettra de plonger plus avant dans la réflexion et une lecture subséquente invitera à lire, à crier, à déclamer les textes à haute voix, yeux fermés, sourire aux lèvres.

« Traverser l’avenue Monk, penser à Thelonious ». Un clin d’œil au quartier Saint-Sacrement, avec une référence musicale qui allège le pied et sent bon les soirées d’été bien arrosées.

Le temps qu’il fait est tour à tour sensibilité, banalité et vents violents. Il se prend Straight, No Chaser.

Girard, Christian. (2020). Le temps qu’il fait. Montréal : L’Oie de Cravan.