Les ormes d’Amérique menacés dans Saint-Sauveur | 10 septembre 2019 | Article par Myriam Nickner-Hudon

La maladie hollandaise de l’orme (MHO) affecte plusieurs arbres dans le quartier Saint-Sauveur.

Les ormes d’Amérique menacés dans Saint-Sauveur

Ville patrimoniale, Québec possède de nombreux monuments qui font le charme de son paysage urbain. Parmi ces trésors, on retrouve les ormes d’Amérique, qui sont aussi ses arbres emblématiques depuis 1990. Bien adaptés à nos conditions urbaines, les ormes tolèrent le froid intense, les sels de déglaçage, la compaction du sol ou la taille des racines, parfois nécessaires pour préserver les infrastructures urbaines. Ce serait l’arbre urbain idéal s’il n’était pas aussi vulnérable à la maladie hollandaise de l’orme (MHO).

Depuis sa création en 1981, le Programme de lutte contre la MHO de la Ville de Québec a permis de limiter les dégâts. Malheureusement, la maladie évolue rapidement à cause des effets des réchauffements climatiques et de l’arrivée fulgurante du scolyte européen qui accélère sa propagation. Dans un tel contexte, l’utilisation d’insecticides n’est plus aussi efficace comme moyen de prévention et les ormes malades se font vite remarquer dans les rues.

La MHO est causée un champignon qui bloque les vaisseaux faisant circuler la sève dans l’arbre. Ce champignon est introduit par des scolytes qui pondent leurs oeufs sous l’écorce des arbres. Les symptômes de la maladie apparaissent dès le mois de juillet: les branches supérieures meurent, et les feuilles flétrissent, deviennent jaunes et tombent.

Dans certains cas particulièrement virulents, l’arbre peut mourir au bout de quelques semaines. Lorsque la maladie est détectée, l’arbre est souvent condamné, puisque le champignon peut aussi se propager par les racines ou par le déplacement des scolytes vers un orme à proximité.

Bon an, mal an, on abat en moyenne 350 ormes malades pour l’ensemble de l’agglomération de Québec (incluant L’Ancienne-Lorette et Saint-Augustin-de-Desmaures). Apparemment, le nombre d’ormes malades éliminés serait stable, alors qu’on estime les ormes à 22 000 sur le territoire de la capitale. Ces bons résultats s’expliquent par les efforts constants mis par la Ville pour la détection et l’élimination des ormes malades, incluant deux ou trois tournées annuelles d’inspection des ormes publics, privés et des boisés.

Dans les règles de l’art

Le 14 août dernier, les passants et les voisins du boulevard Langelier ont pu assister à l’étonnant spectacle de l’abattage d’un grand orme. Au centre-ville, le travail n’est pas simple, car il faut composer avec plusieurs contraintes: la présence de fils électriques, la circulation automobile, les piétons, le mobilier urbain, les immeubles et les autres arbres à proximité.

Vu la complexité de l’intervention, le contremaître nous explique qu’il faut une certaine expertise, en plus de devoir être certifié par Hydro-Québec pour effectuer ce type de contrat. L’équipe de bûcherons et de techniciens a procédé avec beaucoup de précaution pour retirer les branches et abattre l’arbre en toute sécurité en plein jour. Du haut de sa nacelle, l’arboriculteur manipule une longue perche afin d’entourer une corde autour des branches et les retenir pour une descente contrôlée et sécuritaire après la coupe. On procède aussi à l’écorçage du bois et de la souche. De branche en branche jusqu’à la chute impressionnante du tronc, le travail est effectué de manière méthodique et rigoureuse.

Les vestiges de l’arbre sont transportés chez AIM ou à l’écocentre Matrec où ils seront déchiquetés en copeaux. Les débris sont ensuite valorisés pour produire de la biomasse. Ces mesures visent à détruire l’habitat de l’insecte et à contrôler les risques de contamination par le bois. Comme anecdote, le contremaître nous raconte qu’au début de sa carrière, dans les années 1980, la Sûreté du Québec escortait les camions pour s’assurer que le bois ne soit pas détourné pour être revendu comme bois de chauffage.

Indice de canopée

Même si on associe souvent ces grands arbres à la Grande Allée, on retrouve de nombreux ormes sur le territoire de la basse-ville. Dans Saint-Sauveur, certains des plus grands arbres sont des ormes plantés par la Ville ou par les institutions publiques près des églises, des écoles ou des immeubles communautaires.

Les ormes et d’autres grands arbres agissent comme des climatiseurs naturels et jouent un rôle essentiel dans la réduction des effets des îlots de chaleur. L’indice de canopée, qui représente le rapport entre la superficie occupée par la couronne des arbres et celle du territoire, est déjà plus faible dans le quartier. Cette nouvelle infestation de la maladie hollandaise de l’orme risque d’empirer le problème ou d’annuler les efforts de verdissement des dernières années.

Disparitions à venir et renouveau

Pour le moment, plus d’une quarantaine d’ormes présentant des symptômes de la MHO ou une santé déclinante ont été repérés[1] par des résidents, des collaborateurs ou le personnel municipal. Sans que ce soit la MHO, différents facteurs comme la sécheresse, des bris ou des stress environnementaux (construction à proximité, pollution, etc.) peuvent nuire à la santé de l’arbre. En cas de doute, il est important de faire valider par les experts de la Ville s’il s’agit de la MHO. On peut signaler un orme malade sur un terrain privé ou un terrain de la Ville par courriel au 311@ville.quebec.qc.ca ou par téléphone au 311 en mentionnant le numéro de l’adresse civique.

D’ici le développement d’une nouvelle génération de traitements antifongiques, la Ville mise sur la diversification de sa forêt urbaine. Depuis le début des années 1990, on utilise la variété de l’orme Accolade, un nouveau cultivar qui résiste à la maladie hollandaise. On peut maintenant les reconnaître dans le paysage de la rue Anna, des boulevards Charest et Langelier ou sur Marie-de-l’Incarnation à proximité du pont et le long du parc linéaire de la rivière Saint-Charles.

Les ormes en détails sur le site web de la Ville de Québec :

[1] Localisation des ormes signalés : parvis de l’église Saint-Malo (2); parc du presbytère de l’église Saint-Malo (3); parc Dollard (2); cour de l’école Marguerite-Bourgeoys (2); stationnement de la pharmacie de la rue Montmagny-Saint-Ignace (2); parc industriel (2); boulevard Langelier (3); avenue des Oblats (2); rues Montmagny (3), de Mazenod (1), Châteauguay (2), Bayard (1), Verdun (1), de Dieppe (2), du Pont-Scott/cimetière Saint-Charles (2), d’Argenson (2), Dollard (1), Kirouac (1), Carillon (1), Boisseau (4), Raoul-Jobin (3), Saint-Vallier Ouest (13).