Mario répare et coud | 10 avril 2019 | Article par Suzie Genest

Mario, bénévole à la Maison Revivre, crée des objets en pointes de papier et carton recupérés.

Crédit photo: Suzie Genest

Mario répare et coud

Dans la chambre-atelier de Mario à la Maison Revivre, trois machines à coudre et plusieurs outils tiennent compagnie à l’ordinateur. Une table escamotable qu’il a installée au-dessus du lit lui offre une plus grande surface de travail. Rideaux, housses de chaises, tablettes soutenues par des conserves ré-utilisées comptent parmi ses créations.

Ancien résident, Mario habite toujours sur place en tant que bénévole à temps complet. On lui confie tout ce qui peut être réparé dans l’immeuble.

« J’ai réparé les toilettes ici. La bâtisse, c’est vieux, la pièce ne se faisait plus, j’ai téléphoné à Toronto, il fallait changer la toilette… J’ai gossé une pièce moi-même […] avec la planche à steak du cook en bas, en teflon. »

Le soir, en écoutant le sport à la télévision connectée au système de son qu’il a ramassé dans un conteneur, démonté, réparé – « ça m’a pris un mois! » – il plie des pointes de papier et carton récupérés. Il en fait des oiseaux, des fleurs, diverses sculptures, qu’il distribue. On les a vus dans le quartier et sur les réseaux sociaux… Il a commencé à l’époque où il travaillait sur des plateformes de forage de pétrole, métier qui l’a amené à visiter 32 pays et parler sept langues.

« Sur les plateformes, quand t’as rien à faire, il y en a qui prennent un coup. Moi, la boisson, ça m’a jamais attiré, je bricolais. Tu viens agile de tes mains. Tu essayes de corriger des choses; quand tu réussis, tu es content. C’est ça, mon petit bonheur. »

Quand Mario voyageait en moto, il réparait lui-même son engin. Il a déjà entièrement réaménagé l’intérieur de caravanes.

La Maison Revivre accueille entre autre des hommes dans la fin cinquantaine ou la soixantaine qui vivent une période d’errance, de détresse psychologique et financière suivant un divorce, dit Sabica Senez, directrice adjointe de l’organisme depuis l’automne 2017. Mario, arrivé cette année-là, vivait autre chose : le deuil de celle qu’il avait épousée alors qu’il avait 16 ans. Comme dans tous les mariages, ce n’était « pas tout le temps égal », se souvient-il, mais « quand il y a l’amour »… on répare plus facilement.

Un système qui fonctionne

Le personnel salarié de la Maison Revivre compte le directeur Martin Maurice, successeur de Martin Payeur depuis l’été 2017, Sabica Senez et un gardien de nuit qui a une expérience d’intervenant. C’est dire la place qu’occupent au quotidien les bénévoles comme Mario pour permettre à l’organisme de dispenser, sans subventions, ses services à ses résidents, mais aussi de l’aide alimentaire à d’autres personnes dans le besoin. Chaque année, le bénévolat à la  Maison Revivre totalise quelque 25 000 heures.

« La majorité sont des anciens résidents. Selon leur cheminement, il y en a qui deviennent bénévoles après quelques jours, quelques semaines, quelques mois. L’important, c’est la mise en action, c’est de se remettre en marche », résume la directrice adjointe.

À leur rythme, les résidents commencent à l’essai. La direction et les bénévoles suivent leur progression et décident ensemble, démocratiquement, de leur intégration dans l’équipe. Si certains ne résident que quelques jours à la Maison Revivre, d’autres y seront pour plusieurs années.

Outre les tâches ménagères et le service des repas, les bénévoles participent aussi à l’accueil des nouveaux, selon un système de pairs aidants. Comme tous les refuges, la Maison Revivre fait face à une demande croissante, mais aussi de plus en plus complexe, d’une clientèle aux prises à la fois avec des problématiques d’itinérance, d’alcoolisme, de toxicomanie, de santé mentale. Selon leur propre cheminement, les pairs aidants vivent parfois des situations confrontantes avec un nouveau, mais le système fonctionne.

La base de la vie

L’équipe de bénévoles compte aussi trois femmes, dont une religieuse. L’une d’elles est un peu devenue l’apprentie de Mario, voulant apprendre à façonner le papier. « Je l’ai assise là deux heures, elle était gênée mais elle va l’apprendre, il faut lui laisser le temps. »

Mario raccourcit les bas de pantalons de ses voisins, leur coud des rideaux et fait d’autres travaux. Il passe du temps avec eux, aussi, leur apprend comment il fait. Ça peut aider quand on se reconstruit.

— C’est un métier que j’aurais aimé, ça [photographier].

— Moi je préfère écrire.

— Ça, j’aurais eu de la misère!

— Le plus dur, c’est gérer les autres personnes et tous les quartiers.

— C’est la plus belle école que tu peux avoir; tu fais des erreurs, mais tu apprends.

— Ah ça oui! Je le dis tout le temps : je sais pas ce que je fais… mais ça marche pareil.

— Tu l’enregistres. Il va arriver un autre problème et… oups, je l’ai, la solution!

— C’est un peu comme réparer des objets…

— Oui, oui! La base de la vie est tout le temps pareille. C’est toutes des histoires de papier!

Dans sa chambre-atelier à la Maison Revivre, Mario répare les objets et, comme bien des gens engagés dans l’action bénévole qu’on célèbre cette semaine, il coud du tissu social.

Maison Revivre
261, rue Saint-Vallier Ouest

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