Aux abords de la Saint-Charles où tu vas quand tu dors en marchant… | 27 mai 2019 | Article par Julia Gaudreault-Perron

Crédit photo: Julia Gaudreault-Perron

Aux abords de la Saint-Charles où tu vas quand tu dors en marchant…

La pluie ayant eu raison de la première soirée de présentation du nouveau parcours déambulatoire du Carrefour international de théâtre de Québec, c’est vendredi dernier que  les spectateurs ont pu découvrir la nouvelle mouture de Où tu vas quand tu dors en marchant…? Confiée au metteur en scène Alexandre Fecteau, l’édition 2019 du populaire parcours nous amène aux abords de la rivière Saint-Charles, au croisement des quartiers Saint-Roch, Limoilou et Saint-Sauveur.

Les cinq tableaux proposés par des artistes de Québec se laissent découvrir dans l’ordre ou le désordre en longeant la rivière, avec la ville et ses lumières jamais bien loin en trame de fond. Un choix d’emplacement bien pensé, qui tranche avec les éditions précédentes très urbaines en nous amenant là où l’eau, l’air et la verdure offrent un tout autre potentiel de création. La poésie à laquelle nous a habitué le Carrefour est ici au rendez-vous à chacun des tableaux.

Points de suspension

Points de suspension, Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet
Crédit photo: Julia Gaudreault-Perron

Coup de coeur de notre soirée, l’installation de Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet, à même le pont Lavigueur, mise sur l’évocation du flottement et d’un certain romantisme. On traverse le pont par petits groupes tandis que des artistes suspendus à sa structure gravitent autour de nous à travers grappes de plantes et longs tissus élastiques ajoutant mystère et fluidité à la déambulation. Certains artistes glissent agilement du toit du pont, tête en bas, tandis que d’autres paraissent nager dans le vide, attrapant la main d’un spectateur au passage ou lui chuchotant une phrase au gré des contacts spontanés qui se créent avec le public. Ne vous laissez pas décourager par la file d’attente et laissez-vous porter par cet univers et les rencontres furtives qu’il occasionne.

L’Anse-à-Vaillant

Un peu plus loin, le collectif Les Incomplètes nous transportent dans un village pêcheur qui pourrait être en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine ou ailleurs. Grâce à des décors particulièrement bien pensés où se côtoient lanternes au gaz, cages à homards, cordages et bois de grève, l’effet est réussi… d’autant plus que le soir de notre visite, le terrain avait été transformé en quasi marécage par les pluies de la veille. Sur de grands conteneurs sont projetées des images de mer et de navires, ajoutant à l’évocation d’un village côtier d’où l’on envoie quelques bouteilles à la mer.

Terre promise

Maxime Beauregard-Martin et Maryse Lapierre nous invitent quant à eux sur un terrain de camping de bord d’autoroute où l’on utilise savoureusement les clichés kitsh pour leur donner une touche poétique et attachante. C’est ainsi que la piscine du camping devient la piste de danse d’un couple amoureux tourbillonnant avec sa bouée gonflable, l’enseigne au néon donne un peu de lumière à une amoureuse désespérée et les flamands roses de plastique envahissent les différents espaces où l’on rencontrera une mariée cuvant son champagne, une folle aux chats non voyante, un improbable flamand rose taille humaine adepte de pole dancing, et bien d’autres. Clins d’oeil réussis et sourires garantis.

L’embâcle des sans-soucis

Un peu comme si la banlieue s’était échouée sur les berges de la rivière Saint-Charles, l’installation de Martin Bureau voit s’entasser vieilles remises, paniers de métal, vieux téléviseurs et autres déchets rappelant la consommation effrénée et son impact sur notre environne

ment. Un peu plus loin, sur un ponton, on danse et on rit au son de musique commerciale, insouciants face à l’empreinte que l’on laisse sur notre monde. Une critique sociale efficace qui utilise à perfection le lieu choisi pour le parcours de cette année.

Jeu d’échelles

Jeu d’échelles, Vano Hotton
Crédit photo: Julia Gaudreault-Perron

Répartie en différentes petites installations, la proposition de Vano Hotton met en scène différents lieux emblématiques de la ville de Québec en version réduite. On y traverse le pont de Québec avant de se retrouver devant le Château Frontenac et la Paper White Birch, dont la fumée se transforme en jolis nuages lumineux

qu’on suspend sur une corde à linge. Quelques autres stations présentent des maquettes où forêts et plages miniatures appellent à la rêverie. Lors de notre passage, des moustiques, bien réels et prisonniers des vitrines, ajoutaient une touche surréaliste en paraissant monstrueux aux côtés des personnages hauts de quelques millimètres. De quoi faire sourire petits et grands!

Il y a donc de quoi s’émerveiller pour les deux prochains week-ends en visant les différents tableaux présentés gratuitement et en continu les jeudis, vendredis et samedis jusqu’au 8 juin,de 21 h à 23 h, dans le cadre du parcours déambulatoire du Carrefour international de théâtre de Québec.