Martin Madden : « Le hockey m’aide à vivre » | 1 février 2018 | Article par Céline Fabriès

Crédit photo: Céline Fabriès

Martin Madden : « Le hockey m’aide à vivre »

À 74 ans, Martin Madden consacre encore une grande partie de sa vie à son métier, dépisteur de joueurs de hockey. La retraite peut bien attendre quand la passion permet de garder l’esprit vif après 50 ans de carrière.

Actuellement dépisteur à mi-temps pour les Ducks d’Anaheim, Martin Madden a une longue fiche de route à son actif dans le dépistage de futurs grands grands noms de la Ligue nationale de hockey (LNH). Il a entre autres déniché un joueur que tout le monde connaît à Québec, Joe Sakic. Repêché par les Nordiques de Québec au 15e rang de la première ronde en 1987, Joe Sakic n’a pas oublié de remercier Martin Madden lors de son intronisation au Temple de la renommée.

« Il a eu la décence de nommer mon nom quand il a été élu au Temple de la renommée. C’est une personne hors classe », mentionne le dépisteur en faisant le geste de la tape dans le dos.

Né dans le quartier Saint-Sauveur à un coin de rue de la maison qui l’a vu grandir et où il vit aujourd’hui, Martin Madden a consacré la majeure partie de sa vie au hockey. Comme la plupart des p’tits gars de Québec, il a commencé à jouer au hockey vers sept ou huit ans. Pas assez bon pour devenir professionnel, le jeune Madden s’est tourné vers l’entraînement.

Pendant dix ans, Martin Madden entraîne des Pee-Wee et des Midgets. Nommé instructeur des As junior de Québec, club junior appartenant aux Flyers de Philadelphie, en 1967, Martin Madden reste à l’emploi des Flyers lorsque que les As junior sont vendus pour devenir les Remparts de Québec.

Après avoir occupé plusieurs emplois au sein de l’organisation, le Québécois devient en 1968 dépisteur régional (région de Québec) pour les Flyers, puis dépisteur Canada et Europe. Depuis cette année-là, Martin Madden n’a jamais arrêté. Il a travaillé pour les Flyers de Philadelphie, les Nordiques de Québec, les Rangers de New York, et le Canadien de Montréal, sauf de 2003 à 2005 – l’heure de la retraite avait sonné. Mais quand on a consacré sa vie au hockey et vécu de très forts moments émotionnels – trois coupes Stanley, deux avec les Flyers de Philadelphie et une avec les Rangers de New York –, la retraite peut paraître fade et ennuyeuse.

Encore plus avec la disparition de l’Hippodrome de Québec. Amateur de chevaux et grand planificateur, Martin Madden pensait aller tous les matins à l’Hippodrome à sa retraite, mais celui-ci a été détruit. Monsieur Madden s’est retrouvé retraité sans aucun projet.

Tous mes amis sont impliqués directement ou indirectement dans le hockey. La période du temps où j’ai été en dehors du hockey comme tel, je n’avais pas d’agenda. Le matin, je me levais et il n’y avait rien de planifié, j’ai trouvé ça difficile.

Martin Madden a alors signé avec les Hurricanes de la Caroline : « Ça m’a ramené proche de mes chums, je voyageais avec eux ». Puis, son fils, devenu directeur du recrutement des Ducks d’Anaheim, lui a proposé un poste de dépisteur à mi-temps. « Le hockey, ça m’aide à vivre. Et deux mois par année, je vais me reposer en Floride », confie Madden avec émotion.

Un p’tit gars de Saint-Sauveur

Martin Madden est toujours resté très attaché au quartier Saint-Sauveur. Il ne se voyait pas vivre ailleurs lorsqu’il est revenu s’installer dans la maison familiale en 1994, après plusieurs années à l’Ancienne-Lorette.

« Adolescent, j’avais toujours quelque chose à faire au Centre Durocher, au parc Victoria, à l’aréna OTJ, tout était dans le quartier », se souvient-il. Selon lui, les gens de l’extérieur ne devraient pas avoir peur d’y venir.

C’est accueillant, même s’il y a toutes sortes de situations. On vit à côté de la Maison Revivre où je suis impliqué. Il n’y a pas seulement des anges qui vont là, mais ce sont des gens qui ont besoin qu’on leur disent bonjour. Ça rappelle ma jeunesse, un quartier accueillant où j’ai eu le plus d’amis, tout le monde se ramassait au Centre Durocher, on avait un club social. Chacun a fait sa vie, mais je suis resté proche de mes chums d’enfance, on est présents les uns pour les autres quand il y a un besoin. C’est ça, le quartier Saint-Sauveur.

Résident sur la rue Saint-Vallier Ouest, Martin Madden aimerait la voir devenir à sens unique. « Si on veut que la rue Saint-Vallier devienne plus conviviale, il faut qu’elle soit sens unique, moins de camions. Les vitres tremblent, ce n’est pas très agréable », plaide-t-il.

L’évolution du métier de dépisteur et du hockey

Les ordinateurs ont un peu changé le métier de Martin Madden, mais selon lui, rien ne peut remplacer l’instinct du dépisteur. « Il faut regarder les joueurs, voir comment ils évoluent. Il faut les imaginer dans cinq ans », explique-t-il.

Et même avec du flair, le dépistage n’est pas une science exacte. « On est des humains, pas des devins », prévient Martin Madden. S’il a eu du flair en repêchant Joe Sakic, il a aussi laissé passer des joueurs qui sont devenus de grands joueurs dans la LNH, comme Stéphane Richer.

« Je l’ai rencontré avant le repêchage, on a eu des doutes, et là on a décidé de ne pas le repêcher en première ronde. Finalement, le Canadien l’a choisi, on connaît la suite », révèle-t-il.

Selon Martin Madden, comme joueur, pour réussir dans la LNH, il faut continuer à progresser. Et l’argent change beaucoup de choses.

« Aujourd’hui, le joueur sait combien gagne son coéquipier, il veut sauter des étapes pour être dans la LNH et toucher le gros lot », analyse le dépisteur. Mais pour Martin Madden, il ne suffit pas d’avoir un talent naturel. « Il faut arriver au camp d’entraînement prêt comme si la saison commençait. On s’attend à ce que le joueur performe rapidement. Certains clubs ont manqué de patience avec des joueurs. Mais souvent, c’est le joueur qui n’est pas assez patient et qui se met une pression additionnelle. »

En 2017, les Ducks d’Anaheim ont repêché deux Québécois comme choix de 2e ronde (l’équipe n’avait pas de choix de 1re ronde) : Maxime Comtois et Antoine Morin.

Une équipe de la LNH à Québec ?

Il y a cinq ans, Martin Madden était persuadé de voir une équipe de la LNH à Québec dans les deux ou trois ans qui ont suivi la construction du Centre Vidéotron. Maintenant, il pense que c’est encore possible, mais pas tout de suite.

« On dirait qu’il y a une barrière. Pas sûr que les gens qui opèrent le Centre Vidéotron soient pressés d’avoir un club. Quand on regarde, la prochaine expansion va coûter 650 millions $US, pas sûr que Québecor est prêt à s’embarquer là-dedans », pense-t-il.

Selon le dépisteur, Québec n’amènera pas la richesse de Vegas et Seattle aux yeux de Gary Bettman, le commissaire de la LNH. De plus, depuis le déménagement d’Atlanta vers Winnipeg, les règles ont changé. « Quand Winnipeg est revenue dans la ligue, les propriétaires ont payé environ 170 millions $US pour le déménagement d’Atlanta. Maintenant, un déménagement coûte aussi cher qu’une expansion », mentionne Martin Madden.