Étienne Drapeau, chanteur de quartier populaire

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Le 5 mai, dans le cadre du 150e de la Paroisse Saint-Sauveur, l’ex-académicien Étienne Drapeau renouera avec le quartier où il a grandi. De son domicile de Laval, le chanteur populaire au cœur humanitaire s’est entretenu avec Monsainsauveur.

Qu’est-ce que le quartier Saint-Sauveur pour vous ?

J’ai habité à côté du Royaume de la tarte jusqu’à l’âge de 13 ans. J’ai passé toute mon enfance sur la rue Père-Grenier. Ça ne peut pas être plus mon coin, […] le Centre Durocher, c’était ma cour ! […] Pour moi, le quartier Saint-Sauveur, c’est les beaux souvenirs de ma vie. C’est des images, des odeurs, des sentiments, des souvenirs. J’y ai vécu mes premières amours, mes premiers baisers, mes premières parties de hockey dans la rue Alleyn et des Oblats. [NDLR : Étienne Drapeau a été repêché par le Canadien de Montréal en 1996.] Chaque fois que je redescend en Basse-Ville, il se passe de quoi dans mon cœur. […] La richesse de Saint-Sauveur, c’est la beauté, la bonté chaleur, le bon monde, le vrai vrai bon monde. Il y a une vraie vie de quartier, c’est très différent de la grande région de Montréal.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie des festivités du 150e anniversaire de la paroisse ?

Etienne rue Ste-Thérèse 1983 E.T. 1Quand on m’a approché, j’ai été très heureux et touché. Dans ma tête à moi, dans mon cœur, ça a une aussi grosse signification que lorsqu’on m’a demandé de faire partie des festivités du 400e de Québec. En plus, je présente mon propre spectacle Mes plus belles chansons. C’est un show où […] je joue toutes les chansons les plus populaires et les plus connues de mes cinq albums, mes coups de cœur, en plus de deux chansons que je chantais adolescent. Je vais raconter des anecdotes, comme par exemple une de ma petite enfance. J’ai un souvenir très clair de la fois où ma mère a fait monter un piano avec une grue dans notre appart sur la rue Père-Grenier lorsque j’avais 4 ans, on avait été obligés de faire enlever les deux fenêtres du salon. Je vais parler des messes de minuit à l’église Saint-Sauveur, les crèches vivantes. Tous mes instruments de musique viennent de chez Musique Gagné & Frères. Richard, le propriétaire, me connait depuis que je suis un enfant. Tous les souvenirs vont remonter pendant le spectacle, juste cette entrevue me fait remonter les souvenirs. J’ai un attachement très profond à ce quartier et à cette église.

Vous avez décidé de conquérir le marché international. Qu’est-ce qui vous a motivé à commencer par l’Amérique latine, en espagnol de surcroît, plutôt que par la France ou les États-Unis, en anglais ?

edrapeaupochette«À ma connaissance, je pense être le seul francophone ou peut-être même le seul Canadien qui veut faire ça de cette manière. Je suis un Québécois qui a appris l’espagnol pour aller chanter et percer le marché latino. On voit souvent l’opposé, un latino qui perce le marché nord-américain, pensons à Ricky Martin par exemple. […] Faire carrière aux USA, chanter en anglais, ça ne me tente pas. Ce n’est pas ma culture, ma philosophie, donc ça ne me parlait pas.J’ai adoré la France, c’est romantique, c’est beau, mais quand j’ai découvert les pays latins, je suis tombé en amour avec les gens, leur joie de vivre, les paysages. La musique fait partie de la vie des gens, sans arrêt. À chaque coin de rue, à chaque dépanneur, à chaque maison, il y a de la musique festive, les gens s’y rencontrent, y dansent. […] Je suis tombé en amour avec le Bachata, qui est un style de musique très romantique et sensuel. C’est en fait comme des balades amoureuses, des chansons d’amour, mais très dansantes, c’est très festif. […] Je pouvais faire toutes mes chansons d’amour écrites en français, les traduire espagnol et les transformer en rythme bachata. Je veux essayer de faire le tour du monde avec mes chansons. C’est le rêve de faire une carrière internationale, avec une langue et une culture pour lesquelles j’ai eu le plus grand coup de foudre artistique de ma vie.

Vous êtes impliqué dans plusieurs causes humanitaires au Québec mais aussi à l’international. Vous avez même reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Élizabeth II, soulignant votre contribution exceptionnelle…

Je me suis dit que je ne pouvais pas passer ma vie à me définir par le nombre de billets de spectacle ou d’albums vendus, ou de chansons au numéro un des palmarès à la radio. Je voulais être aussi fier de moi comme être humain, comme citoyen du monde, que comme artiste. J’ai commencé à lire et à écouter des documentaires sur le développement durable, l’environnement, la pauvreté, la mondialisation. […] Avec des fondations et des organismes de coopération internationale, j’ai commencé à voyager en République dominicaine où j’ai développé mes propres projets de développement. Je voulais changer le monde, et ça a mené à mon quatrième album qui s’appelle Le monde est beau. Mon début de trentaine m’a transformé, j’ai évolué et maturé, et je suis devenu beaucoup plus impliqué. Je suis aussi fier de ce côté humanitaire que de ma carrière artistique, et ça ne se calcule pas en termes de réussite qui se chiffre en argent, mais en termes de cœur ou d’émotion.

11174935_10153278764429658_6025196262202625589_nJe travaille beaucoup avec les enfants, je viens d’être repêché pour animer le Téléthon Enfant-Soleil, et il y a quatre ans, j’ai été approché par l’Hôpital Sainte-Justine pour le volet international […]. Collaborer avec ces deux organismes a toujours été un rêve. Avec Sainte-Justine au cœur du Monde, je suis allé en Éthiopie il y a deux ans. C’est une trentaine de personnes issues du milieu de la santé, donc des médecins, infirmières, physiothérapeutes, cardiologues, chirurgiens, qui prennent de leur temps de vacances pour aller sur le terrain dans les pays en voie de développement, afin de prodiguer des soins de santé en lien avec la santé cardiaque. Avant cette expérience, j’ai été deux fois au Maroc. La première fois, on a assuré un système d’irrigation de l’eau pour un orphelinat pour jeunes fille, et la deuxième fois, on a remis à neuf la cafétéria d’un orphelinat pour jeunes garçons.

Avez vous une expérience mémorable ? Une anecdote ?

En République Dominicaine, on amassait des jouets, de vêtements, mais surtout des souliers. Deux, trois années de suite, on faisait le Noël des enfants, on distribuait les cadeaux, les jouets, les vêtements. Les enfants sont tous polis et font la file avec les parents. […] Tu donnes, mais c’est quasiment égoïste comme geste, parce que tu reçois tellement en retour, le cœur se remplit. J’ai été témoin d’opérations à cœur ouvert en Éthiopie, j’étais à un pied du médecin, je voyais le cœur battre. […] Toute cette expérience dépasse tout ce qu’on vit dans une carrière artistique.

Que pouvons nous vous souhaiter pour l’avenir ?

J’ai déjà une super belle carrière au Québec, j’espère que ça se maintienne jusqu’à ce que j’aie 75-80 ans. […] J’espère que ma carrière va se développer dans les pays latins. Partout où je vais, je rassemble les gens avec la musique, j’aimerais avoir du succès à l’international, dans des pays différents, mais dans le but de continuer à faire du bien aux gens avec mes chansons.

Que souhaitez vous au quartier Saint-Sauveur pour l’avenir ?

Que le quartier continue son développement économique, architectural, le développement de ses services, mais qu’il garde toujours garder sa chaleur et sa simplicité, son cachet, son accueil, son authenticité.Étienne Drapeau présente son spectacle Mes plus belles chansons à l’église Saint-Sauveur ce vendredi 5 mai à 20 h.