Diners de Saint-Sauveur : Les midis au Passant

Au passant

Patates frites de village, patates frites de quartier : la série Diners de Saint-Sauveur ressemble aux balades en voiture de nos dimanches après-midis d’enfance. Aujourd’hui, elle nous emmène au Casse-croûte Au Passant.

Vendredi 20 janvier 2017. Donald Trump vient d’être assermenté, Eugénie Bouchard a perdu son match d’hier et au menu du jour, on sert du pâté au saumon et une fricassée de bœuf. Bienvenue au Casse-croûte Au Passant, coin Raoul-Jobin.Il est presque 13 h. L’affluence du midi est un peu passée et il ne reste dans le rustique casse-croûte qu’une petite famille à une table et quelques hommes accoudés au long comptoir.Mon amie et moi, amoureuses de ce genre d’authentiques endroits, prenons place au fond du restaurant, au bout du long comptoir. Nous observons la décoration, figée dans les belles années de l’endroit, ponctuée de cadres de chiens, de chats, des enfants des propriétaires. Nous sommes accueillies par Lyne et Sylvie… et rapidement, nous nous rendons compte que non seulement nous sommes accueillies par elles, mais nous sommes aussi chez l’une d’entre elles! Derrière le comptoir, on remarque un espace cuisine, et derrière cet espace cuisine… une salle à manger, avec une bibliothèque ! En effet, si ce n’était de la plaque à cuisson devant nous, nous nous sentirions comme un midi chez grand-maman.On s’y sent familier. Les gens se connaissent et parlent ensemble. Tout y passe ! Trump, les nouvelles du jour, le p’tit dernier, la bronchite dont on a fini par venir à bout, les projets du week-end, etc. Deux jeunes femmes de 28 ans auraient pu être perçues comme étrangères dans ce petit restaurant convivial. Elles ont plutôt été apprivoisées, et vers la fin du repas, se sont mises à jaser sports, élection, culture, et luxure (!) avec leur voisin de table et leurs deux hôtesses ! Un repas avec la famille comme on les aime !FricasséeLa formule est connue : menu à la carte mettant en vedette les club sandwichs, les hot-dogs, hamburgers, guédilles et poutines. Et le fameux menu du jour, variant au fil des midis. Mon amie s’est laissée tenter par une poutine – une délectable poutine de cantine, sauce brune et salée, emblématique cantinière, et garnie d’une montagne de fromage.Pour ma part, j’ai pris un menu midi : entrée de crème de tomate et une fricassée de bœuf : je me sentais comme un monsieur, un travailleur ! Un de nos voisins de table a par ailleurs passé la même commande, mais a reçu une assiette plus garnie que la mienne. C’est un habitué, et… c’est un vrai monsieur. Je n’aurais pas pu finir une aussi grosse assiette de toute façon; j’ai terminé la mienne par gourmandise. J’avais également droit à un dessert : « gâteau, tarte, ou renversé aux fraises », me lance une des deux dames. Après avoir consulté ma partenaire culinaire, mon alliée calorique, j’ai choisi un renversé aux fraises que nous avons partagé, de peine et de misère jusqu’à la dernière bouchée. Fait maison, nous n’allions pas gaspiller une si bonne chose !Nous avons quitté l’établissement la panse pleine et pleines de pensées pour la dose de réconfort que nous venions d’engloutir… Et avec cette frugale impression d’avoir fait partie d’une pièce de Michel Tremblay, le temps d’un midi.

RestoUn peu d’histoire

Le mot casse-croûte vient d’un outil qu’utilisaient les vieillards édentés pour broyer le pain qu’ils mangeaient. Le mot est entré dans le langage courant en 1898 pour désigner le repas très simple des ouvriers pendant la pause de leur travail. Par la suite, c’est devenu un établissement, servant de la restauration rapide pour lesdits travailleurs, et qu’on retrouve la plupart du temps en bordure de route. Le mot snack bar est également utilisé pour désigner ce genre d’endroit. On estime l’arrivée du premier usage connu de ce mot vers 1930.Même si on y sert des repas dont le nombre de calories est inversement proportionnel à la quantité de neurones actifs chez plusieurs politiciens, l’odeur qui y règne est celle de notre jeunesse, celle des Patates sur le bord de la 132 ou de la 138, celle des Patates de village, de quartier. Rien à voir avec les grandes chaînes de restauration rapide qui se sont installées puis imposées dès 1960.Elle était d’abord destinée aux pauvres qui n’avaient rien d’autre à manger puis, un jour, un Belge a eu l’idée de la faire cuire dans l’huile et le Québec a adopté cette manière de faire qui lui apportait un sentiment de réconfort… et bien plus. Qui ne se rappelle pas la Patate du dimanche après-midi lors de la balade en voiture familiale ? Cette odeur-là, cette authenticité-là et les souvenirs qui s’y sont rattachés, font partie de notre patrimoine !Envie d’en savoir plus sur le sujet ? Radio-Canada a réalisé dans le cadre de l’émission Bien dans son assiette une capsule audio qui vous sustentera !

Casse-croûte Au Passant801, rue Raoul-Jobin418 683-3428