Quand la poésie fait chanter le quartier

Poésie

J’ai fait un long détour, je sais pas trop pourquoi. J’avais envie de m’imprégner du quartier avant d’aller lui chanter la poésie sans doute. Arrivée sur place – 45 minutes en retard – ça m’a pris quelques manoeuvres afin de trouver la bonne porte pour entrer. Mais j’ai fini par la trouver, pis je l’ai pénétrée.

Pour la première fois. Pourtant, c’était comme si…

J’suis entrée alors qu’on récitait un texte qui parlait d’oppression et de libération. Y avait beaucoup le mot Québec, mais j’écoutais pas trop, c’était plein de monde attentif pis j’étais affairée à me trouver une petite place où m’installer.

J’suis allée au bar.

3,50 $ la pinte, avec pop-corn gratis.

Le hockey jouait partout sur les écrans pis les enseignes de Bud côtoyaient les machines à sous. Les gens étaient assis tranquillement et écoutaient le micro cracher des mots. Une dame allait et venait des toilettes, elle avait un sourire heureux comme quand quelque chose d’extraordinaire se passe dans notre environnement pis que ça fesse jusque dans notre dedans.

C’est qu’elle s’attendait pas à retrouver une soirée de poésie dans son habituel bar de quartier.

Les poètes défilaient, mon tour de duchesse déchue arrivait. J’ai crié mon vieux chant de Saint-Sauvée pis vous avez été fins, vous m’avez écoutée. Merci, by the way.

Pis là.

Le micro ouvert. La dame des toilettes s’est mise à pleurer à chaudes larmes lors d’un texte récité par un monsieur qui avait bien capté l’esprit de notre quartier. Des larmes chaudes oui, ça suintait de partout pis ça débordait sur les gens, ça les rendait doux. J’me demandais si elle était correcte, si j’avais le droit d’me lever pis d’aller la prendre dans mes bras, de lui dire que ça va aller.

Mais la poésie opérait, c’était entre elles deux, alors je suis restée assise sur ma chaise. Puis la dame est montée au micro. Les joues baignées de larmes. Et elle s’est mise à chanter.

Dans les cafés voisinsNous étions quelques-unsQui attendions la gloireEt bien que miséreuxAvec le ventre creuxNous ne cessions d’y croire »

Ne sachant pas les paroles par coeur, l’esprit de solidarité parlait de lui-même et quelques voix se sont levées dans la salle pour compléter les phrases incertaines. Puis, tranquillement, comme brisant le mur de la pudeur, on s’est mis franchement à chanter avec elle. Tout le monde. Ensemble.

Une belle bande de bohèmes qui se réapproprient la poésie rue Kirouac par un soir de février.

La chanson terminée, la chanteuse improvisée a pris le chemin de la porte. La tête haute. Son coeur devait l’être aussi. D’où la pertinence d’investir davantage la poésie dans notre quartier.

Merci à la duchesse de Saint-Sauveur, au collectif Ramen et au bar Kirouac d’avoir permis la tenue de cette soirée.