L’incendie de 1866 (2 de 4) – Braise et inquiétude | 14 octobre 2016 | Article par Boris Perron

L’incendie de 1866 (2 de 4) – Braise et inquiétude

Cette année, le 14 octobre marque le 150e anniversaire de l’incendie de 1866 de la Basse-Ville de Québec. Pour souligner l’événement, Monsaintroch et Monsaintsauveur présentent une série de quatre récits inspirés de cette triste journée.

Journal d’une sœur Augustine, 14 octobre 1866 au soir

En ce dimanche matin du 14 octobre 1866, Dieu préparait la population de Québec à une épreuve dont les proportions devaient égaler les désastres de 1845. Aux lueurs du matin, un feu venait de se déclarer dans une maison de la rue Saint-Joseph. Il soufflait un fort vent du nord-est et la brigade de feu n’était pas assez efficace pour qu’elle puisse porter un prompt secours sur tous les points menacés.

En peu de temps, l’incendie avait fait des progrès alarmants. Seulement quelques heures et presque toute la portion à l’est de la rue Saint-Ours, mieux connu sous le nom de rue de l’Hôpital, fut la proie des flammes. En milieu d’avant-midi, l’incendie franchissait les limites de la cité et envahissait Saint-Sauveur. Nous n’en finissions pas de suivre pas à pas la marche du fléau dévastateur.

Déjà toutes les familles des environs se dirigeaient vers le monastère, encombrant les abords d’effets de toutes sortes. On pourrait croire que tout était terreur et confusion; il n’en fut rien. Chacune des religieuses prêtait la main dans la mesure de ses forces. Les unes portaient l’eau dans les greniers pour arroser les dalles, les autres en portaient aux hommes montés sur les murs du jardin. Les plus infirmes se tenaient continuellement au pied du tabernacle, implorant le secours du ciel.

Le premier soin des hospitalières et de leurs compagnes fut de préparer à manger pour toutes les personnes qui se trouvaient aux alentours. Les cuisinières reçurent l’ordre de tenir de la soupe prête à demande pendant toute la journée.

En fin d’après-midi, tout Saint-Sauveur et une partie du faubourg Sainte-Angèle étaient réduits en cendres. Malgré les efforts acharnés, l’incendie continuait son avance et bientôt la rue Saint-Ours n’était plus qu’un lac de feu. C’est à cet instant que les braves artilleurs royaux, sous le commandement des lieutenants Baines et Bradley, entreprirent de faire exploser les maisons bordant l’enceinte. Nous ne devons qu’à leur courage et leurs habiles manœuvres d’avoir pu arracher le monastère aux flammes. En se préparant à faire sauter une maison de la rue Saint-Ours, l’intrépide Lieutenant Baines fut surpris par l’explosion d’un baril. Lancé à une hauteur de trente pieds, il retomba sur les décombres d’une maison. Il se releva plus mort que vif et fût transporté dans notre hôpital.

À l’heure du souper, l’incendie était terminé. Toutes ces familles sans toit nous offrent un pénible spectacle. Qu’adviendra-t-il de ces pauvres âmes à l’approche de l’hiver ? Nous ne pouvons nous en remettre qu’à la grâce Dieu et à la miséricorde de nos concitoyens.

Malgré un contexte historique, les auteurs tiennent à préciser que certains faits et personnages de ces récits sont tirés de leur imagination. Ces derniers n’ont pour unique prétention que de rendre hommage, à leur manière, à la Basse-Ville de Québec et à ses habitants du XIXe siècle.

Remerciements sincères aux Augustines de l’Hôpital Général de Québec pour leur inspiration et leurs précieuses archives.

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