Le Théâtre du Gros Mécano : Tant qu’il y aura des enfants… et des histoires !

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À l’exception de celle de Carol Cassistat, les photos du présent article ont été fournies par le Théâtre du Gros Mécano
Le Théâtre du Trident est né des trois principales compagnies de la ville de Québec en 1969 : le Théâtre de l’Estoc, le Théâtre du Vieux-Québec et le Théâtre pour enfants de Québec. Un théâtre, mais trois mandats : le répertoire, la création, et le jeune public.Quelques années plus tard, le Trident revisitait son mandat et mettait de côté le volet du théâtre jeunesse. En novembre 1976, cette branche renaissait de ses cendres et le Théâtre du Gros Mécano voyait le jour : du théâtre pour les petits aux ambitions plus grandes que jamais.

La librairie : une tournée de 14 ans

1990_rouge-tandemDepuis sa fondation, le Théâtre du Gros Mécano a produit plus de 50 créations originales ayant embauché au-delà de 800 artistes de la Capitale et rejoint 850 000 spectateurs au Québec, mais aussi au Canada, en France, en Belgique, en Espagne, au Japon et aux États-Unis.Cette année, pour marquer le 40e anniversaire de la compagnie, c’est quatre productions qui seront à l’affiche : Nous ne sommes pas des oiseau ? [1], présenté au Théâtre des Gros Becs tout récemment; Mon Petit Prince [2], créé à Bonaventure à l’été 2016, Terrier – Forêt, sentiers et menus trésors [3], créé en 2014 et en tournée depuis; et La librairie [4], créé en 2003 et traduit en anglais, en japonais, et en espagnol. Ce spectacle tourne depuis maintenant 14 ans. Il atteindra avant la fin de 2016 le cap des 500 représentations, ce qui en fait une des plus importantes tournées de l’histoire du théâtre jeune public. Jean St-Hilaire écrivait en 2003 qu’il s’agissait d’« une pièce dont on n’a pas fini d’entendre parler ! ». Il ne croyait pas si bien dire ! La librairie est également de la pièce coup de cœur de Carol Cassistat, directeur artistique de la compagnie depuis 2001.

Qualité adulte, budget format enfant

Carol Cassistat a atterri sur une scène par accident. Originaire de Rimouski, c’est davantage une carrière dans l’armée qui l’attendait. Par malheur, il a dû remplacer un joueur dans la ligue d’improvisation de son cégep. Ce qui devait arriver arriva : la bombe a éclaté, la flamme de la création brûlait en lui. Finissant au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1989, il a fait ses premiers pas au Gros Mécano en 1990-91 dans un spectacle de Reynald Robinson.Celui qui est devenu le directeur artistique et codirecteur général du Gros Mécano se rappelle de l’époque où c’était lui qui était assis par terre à regarder des pièces de théâtre destinées aux enfants :

Les représentations avaient lieu dans le gymnase, personne n’écoutait parce que c’était un lieu pour bouger et non recevoir un spectacle… Les décors étaient en carton… les jeunes n’avaient pas envie d’être là. »

carol-cassistatDans le but de faire totalement l’inverse de ce qu’il avait vécu, une fois devenu lui-même comédien, auteur et metteur en scène, il s’est engagé à offrir aux enfants des spectacles professionnels, de qualité « adulte ».C’est là que réside tout le défi du Théâtre du Gros Mécano. Les subventions en culture étant ce qu’elles sont, l’administration d’une compagnie telle que celle-ci devient un art à part entière. L’ère Harper a entraîné une bonne restructuration au sein de la compagnie afin de pallier les nombreuses coupures. Offrir du théâtre de qualité dans l’optique de faire de la tournée, c’est conjuguer des coûts « adultes » à des revenus « enfants », et ça relève du génie de la grammaire mathématique. Les arts ont toujours été la bête noire des gouvernements, alors qu’on sait qu’un dollar investi en rapporte cinq.

L’espoir de l’humanité

Malgré tout, le directeur artistique affirme que le théâtre jeune public est en santé. À l’instar de l’industrie de la musique québécoise, le théâtre jeunesse québécois est un ambassadeur dans le monde, et le Gros Mécano contribue au rayonnement de la province – et de la Capitale. Au-delà de la rigueur de la passion pour le travail, ce qui fait le succès de la compagnie est certainement ses associations, ses parrainages. Les « vieux » et les « jeunes » travaillent bien ensemble, ils se complètent et ensemble ils se réinventent. L’union fait la force, comme on dit !Nous terminons bientôt notre échange dans son bureau du boulevard Langelier. Les locaux s’animent; c’est la générale de Nous ne sommes pas des oiseaux ? dans quelques heures. M. Cassistat me fait part de ses souhaits pour les années à venir :

avoir les moyens de vivre nos rêves… […] que notre travail soit plus reconnu de la population et du gouvernement, mais surtout garder la flamme. »

1978_qui-est-le-roiLa quête de la liberté de création est une noble mission, et un auguste combat.La campagne de financement du 40e anniversaire du Gros Mécano est actuellement en cours et a pour but d’amasser 400 000 $ qui serviront à assurer la poursuite de sa mission de développer, d’émerveiller et stimuler la curiosité intellectuelle auprès des enfants du Québec, et d’ailleurs, en plus d’éveiller ceux-ci à l’art et la culture.

L’enfance est notre première source d’inspiration comme elle est l’espoir de l’humanité. »

Voir la campagne de financement du Théâtre du Gros Mécano [1] Coproduction du Théâtre du Gros Mécano et la compagnie de danse Code Universel, mise en scène, chorégraphie, dramaturgie et direction artistique de Carol Cassistat et Daniel Bélanger.[2] Coproduction du Théâtre du Gros Mécano et du Théâtre de la Petite Marée, texte de Marie-Josée Bastien et d’Anne-Marie Olivier.[3] Coproduction du Théâtre du Gros Mécano et des Incomplètes, mise en scène de Carol Cassistat et Josiane Bernier.[4] Texte de Marie-Josée-Bastien, mise en scène de Frédéric Dubois.