La légalisation du dépôt de garantie : une menace pour la majorité des locataires

Photo : Jean Cazes, 17 octobre 2012.
Source : Droit de parole, Jonathan Carmichael, 17 mai 2016

Pendant les dernières semaines, la sphère médiatique s’est emballée au sujet de certains locataires ayant accumulé des dizaines de milliers de dollars de dettes en ne payant pas leur loyer durant des années. Habiles pour manipuler l’opinion publique, les lobbys de propriétaires immobiliers montent en épingle ces cas d’espèce afin de mettre à l’avant-scène leur agenda politique. La solution passerait, selon eux, par la légalisation du dépôt de garantie. L’ampleur de la désinformation est telle qu’il est essentiel d’amener un autre son de cloche concernant la question du non-paiement de loyer et la demande de ces groupes de pression.

Des causes complexes

D’emblée, précisons que, globalement, le non-paiement de loyer a un impact marginal sur les profits de l’immobilier. (…)Cette précision faite, il reste qu’on ne peut nier que des locataires aient des difficultés à payer le loyer. À la racine des problèmes de paiement, il y a évidemment la flambée vertigineuse des loyers depuis 2000 (52% dans la région de Québec), mais il existe aussi des causes complexes, des histoires de misère. (…)Il y a aussi des circonstances entourant des problèmes de logement ou encore des pratiques illicites des propriétaires eux-mêmes. (…)

Une solution déconnectée

Autant l’état des lieux entourant le non-paiement de loyer est beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre la démagogie des regroupements de propriétaires bailleurs, autant la légalisation du dépôt de garantie est une solution déconnectée de la réalité.Les faits sont pourtant clairs : les locataires doivent survivre avec des revenus modestes. Selon le Portail de l’information sur le marché de l’habitation, mis en ligne par la SCHL, au Québec, le revenu médian des ménages locataires est d’à peine 32 046 $, moins de la moitié de celui des ménages propriétaires. Plus de 400 000 ménages locataires (30,6 %) vivent avec un revenu annuel inférieur à 20 000 $ par année. (…)Dans un tel contexte, comment peut- on penser que des ménages, qui doivent déjà couper dans leurs besoins essentiels pour boucler leur budget, ont le loisir de verser en dépôt de garantie plusieurs centaines de dollars (voire plusieurs milliers de dollars pour les personnes âgées en résidence) ? La légalisation d’un tel dépôt serait une attaque directe envers le droit à l’accès à un logement pour des centaines de milliers de personnes. (…)

Le ministre Coiteux doit dire non

Il est urgent que le ministre responsable de l’habitation du logement, monsieur Martin Coiteux, mette un terme aux inquiétudes présentes chez les locataires en donnant une fin de non-recevoir à la demande des propriétaires immobiliers. Il serait irresponsable de légaliser le dépôt de garantie qui pénaliserait l’écrasante majorité des locataires. (…)Pour plus d’information aux locataires, contactez le BAIL.Lire la suite : La légalisation du dépöt de garantie : une menace pour la majorité des locataires.À lire aussi : Loyers impayés : des voix s’élèvent contre l’imposition d’un dépôt de garantie.