Il était un squat

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Squat du 485, Raoul-Jobin le 11 mai 2016. Photo : Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.

Dans le cadre de la Semaine nationale d’occupations visant à interpeller les gouvernements sur les problématiques de logement, les groupes locaux membres du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) avaient amorcé hier un squat au 485, Raoul-Jobin, visiblement à l’abandon depuis plusieurs années. Ils devaient y tenir ce matin un point de presse, qui s’est transformé en fort instructive éviction.

Point de presse avorté

Vers 10 h 28, au moins sept véhicules du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) sont passés en trombe sur le boulevard Charest Ouest, sirènes et gyrophares en fonction. La table du point de presse était mise… ou plutôt, on venait de tirer sur la nappe.vehicules_SPVQVous l’aurez peut-être lu sur les pages du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, du Comité d’aide aux locataires ou du Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) : l’opération s’est déroulée pacifiquement, sans gestes violents ni arrestations. Quelques voisins ont été alertés, impressionnés, sans doute un peu inquiétés par le nombre de véhicules débarquant soudain dans leurs petites rues. Selon des sources sur place qui avaient vu plus tôt l’intervention policière durant la manifestation des syndicats sur René-Lévesque, il y avait autant de voitures et fourgonnettes du SPVQ pour l’éviction dans Saint-Sauveur… d’une poignée d’occupant-e-s.Le logement vidé de ses occupant-e-s, des panneaux de plywood ont rapidement été vissés aux fenêtres et portes par des ouvriers.

Baptême immobilier

Tandis que l’opération suivait son cours, le propriétaire des lieux, arrivé après les policiers et les médias, a répondu aux questions de ces derniers.Cedric BolletIl y a quatre jours, Cédric Bollet a acquis l’édifice en piètre état et son terrain, qui étaient en vente et à l’abandon depuis plusieurs années. L’homme n’est pas un promoteur immobilier. Le 485, Raoul-Jobin est son premier investissement, mis à part sa résidence, une maison en ville. Il était au travail ce matin quand il a reçu un appel de son notaire, que les policiers avaient contacté. On lui a dit qu’il y avait un squat illégal; il a d’abord cru que des personnes itinérantes avaient élu domicile dans l’immeuble, a-t-il expliqué.C’est après avoir été guidé dans la procédure d’éviction par les policiers qu’il a été informé, en parlant avec certains agents et des représentants des médias, du contexte de l’occupation et des groupes impliqués. Sa réaction ?

C’est normal qu’il y ait des revendications, que les gens puissent s’exprimer. Je les comprends. Je n’ai rien contre les manifestations. Je suis Français, vous savez ! »

FrapruQuestionné sur ses intentions pour le 485, Raoul-Jobin, le nouveau propriétaire a dit vouloir y aménager du logement locatif, et en être à peine aux premières rencontres avec des architectes. L’édifice actuel, selon ses dires, n’est plus habitable et devra être démoli. Si son choix s’est arrêté sur cette propriété, c’est notamment parce qu’il a lui-même par le passé brièvement résidé à Saint-Sauveur.

C’est un beau quartier, qui est vivant. Quand des gens disent que c’est un quartier dangereux, moi je rigole doucement… Un immeuble et un terrain laissés à l’abandon comme ça, c’est vraiment dommage, ça n’est pas avantageux pour personne, une verrue. »

Il songe lui-même à revenir habiter le quartier, a-t-il ajouté. L’opération aura été pour lui une occasion de découvrir le CCCQSS, qu’il semble intéressé à contacter. On a même pu assister à une poignée de main entre lui et Marie-Christine Gagnon du CCCQSS.

Contraventions ciblées ?

Des personnes présentes sur les lieux sans être des occupants du squat ont apparemment eu droit à un traitement de faveur particulier.Une journaliste de Droit de parole s’est vue remettre une contravention pour s’être trouvée « dans la rue »… où nous avons tous été à un moment ou un autre sans nécessairement encourir le même désagrément.Un citoyen photographe – un enseignant du niveau post-secondaire équipé d’un appareil et d’un objectif professionnels – a aussi été intercepté, bien qu’on lui ait épargné la contravention.CompopSJBPendant ce temps, une blogueuse hyperlocale sans équipement ni signe distinctif de média a circulé aux mêmes endroits et pris les mêmes images sans anicroche. Son seul atout ? Ne pas être un visage connu associé aux grandes actions militantes. Drôle de hasard.Le comble du hasard ? Sur le chemin du retour, le véhicule de location qui transportait des occupants du squat et leur matériel a été intercepté et a reçu une contravention. On peut y lire que le conducteur a « conduit un véhicule routier sans avoir avec lui l’attestation d’assurance prévue par la loi sur l’assurance automobile ».La Semaine nationale d’occupations, comme la campagne des membres du FRAPRU, se poursuit. On peut s’informer sur les revendications et les actions au programme au http://occupationencours.net