Complexe funéraire Sylvio Marceau : Là où on célèbre la vie

Denis Blackburn

Quand Sylvio Marceau a fondé sa maison funéraire en 1908, les cloches de l’église sonnaient chaque fois qu’un paroissien rendait l’âme. Un siècle plus tard, l’équipe du Complexe funéraire Sylvio Marceau accompagne toujours les familles dans le quartier Saint-Sauveur. Denis Blackburn, thanatopracteur et directeur, m’a parlé des réalités de son métier.

On est comme des wedding planners, des organisateurs d’événements. Notre mission est de célébrer la vie que la personne a eue. Cette célébration a aussi pour but d’aider les proches à vivre leur deuil. On les soutient en prenant tout en charge : l’urne ou le cercueil, l’embaumement, les fleurs, le buffet, les cartes de remerciement… Ça les libère et leur permet de se concentrer sur l’essentiel. Comme les gens ont délaissé les églises, nous avons intégré des chapelles dans nos salons. Tout peut se faire dans le même édifice : les gens reçoivent les condoléances, montent à la chapelle et finissent par un goûter léger dans la salle de réception. »

Le thanatologue me montre le bureau où il reçoit ses clients. Je suis étonnée par le nombre d’articles qu’on y trouve.

Bijoux BéginOn vend beaucoup de gadgets. Ici, ce sont des reliquaires, dans lesquels on peut mettre un petit peu de cendres. On en a aussi dans lesquels on peut mettre la photo de la personne. On vend les Bijoux Bégin, qui sont faits à la main à Lévis. Les gens adorent ça. Ça leur donne l’impression que l’être aimé est toujours avec eux. On vend aussi beaucoup de photos. Les familles les mettent à côté de l’urne. On a des plans, très populaires qui incluent ces choses-là. »

Urnes funéraires - Sylvio MarceauChangement de moeurs

Denis Blackburn m’informe qu’aujourd’hui, ils font environ 20 % de « traditionnel » et 80 % de « commémoratif ». En d’autres mots, la dépouille d’une personne sur cinq est exposée. La majorité des services sont commémoratifs, en présence des cendres seulement. Les conseillers offrent quand même aux proches de voir le corps pour identifier la personne.

On ne fait pas ça pour rien, exposer les gens. Cette pratique est intégrée dans les rites funéraires depuis des millénaires. En refusant de voir le corps, on essaie d’éviter une souffrance, mais celle-ci nous rattrape rapidement. Imagine que ton conjoint parte un matin et ne revienne jamais. Quelques jours plus tard, on te montre une petite boîte. On te dit que ton conjoint, il est dedans. C’est compliqué à réaliser, à accepter. Avoir un dernier contact avec la personne décédée permet aux proches d’amorcer la rupture. C’est important, même si c’est difficile sur le coup. »

Un lieu de vie

Columbarium - Sylvio MarceauAinsi, Denis Blackburn et son équipe ne font pas que vendre des plans funéraires. Ils font de la maison funéraire Sylvio Marceau un véritable lieu de vie. On y trouve un columbarium où, contrairement aux autres établissements, les familles sont encouragés à personnaliser leur espace. Les cases éclectiques évoquent des vies riches et uniques. On vient chaque jour s’y recueillir. La demande est telle qu’on vient tout juste d’inaugurer une centaine de nouvelles places.Par ailleurs, tous leurs clients peuvent participer gracieusement à un groupe de soutien sur le deuil, animé chaque mois par une intervenante. Les rencontres, qui se tiennent dans les locaux de l’entreprise, accueillent même des personnes qui n’ont pas fait affaire chez eux. Pour Noël, la maison de la rue Saint-Vallier Ouest tient une messe en souvenir des défunts. Cette cérémonie permet aux familles endeuillées de s’épauler à un moment de l’année où l’absence de l’autre est plus prenante :

Une fois que la souffrance a été exprimée, on peut recommencer à construire. Les gens reprennent confiance et recommencent à neuf. »

Complexe funéraire Sylvio Marceau224, rue Saint-Vallier Ouest418-522-5212