La passerelle des Trois Sœurs : pour les gens et pour les yeux

passerelle Trois Soeurs_2015

Un nouveau lien cyclo-pédestre relie enfin la rue Bourdages et le parc Victoria. L’inauguration officielle ne se tiendra qu’en 2016, mais le service de toponymie de la Ville de Québec a déjà retenu l’appellation de passerelle des Trois Sœurs pour désigner l’installation de la rivière Saint-Charles. Le nom, rappelant une coutume agricole amérindienne, rend hommage aux anciennes populations riveraines.

Un souhait de longue date

passerelle des Trois Soeurs 1, 2015Les citoyens des deux côtés de la rivière la réclamaient depuis longtemps. À leur défense, cette portion urbaine du parc linéaire, entre Marie-de-l’Incarnation et la Pointe-aux-Lièvres, ne comprenait comme lien entre les rives qu’un trottoir longeant l’autoroute Laurentienne, et son accès, surtout en hiver, pouvait s’avérer périlleux pour certains.Encore tout récemment enclavée de béton, la rivière Saint-Charles n’a aujourd’hui rien de commun avec l’austérité et la froideur d’autrefois. Dans la continuité du réaménagement entrepris dans la dernière décennie, l’érection d’une passerelle dans ce secteur prenait tout son sens.Désigné comme mandataire principale, la firme EMS Ingénierie a réalisé ce projet en collaboration avec la firme ABCP Architecture et l’entrepreneur général Constructions BSL. Débutés au printemps, le coulage des têtes de pont et le montage de la structure se sont déroulés au courant de l’été. Malgré la découverte d’anciennes bordures de béton enfouies sous le site, le chantier a respecté l’échéance de livraison pour l’automne 2015.

En harmonie avec le parc et la rivière

Outre des contraintes économiques, le client, la Ville de Québec, privilégiait l’usage du bois et l’harmonisation à l’environnement existant. De plus, une portance directe entre les berges, sans appui dans le lit du cours d’eau, simplifiait grandement le respect des normes environnementales. La structure haubanée est apparue comme l’option permettant de satisfaire au mieux ces exigences. Le modèle semi-haubané, avec les câbles et le pylône à une seule extrémité, est habituellement choisi lorsque l’une des rives ne peut soutenir une structure massive. Dans le cas présent, il s’agissait d’une décision purement esthétique, le sol instable nécessitant de toute façon l’enfoncement de pieux sur chacune des rives.passerelle des Trois Soeurs 3, 2015Ce choix s’est avéré judicieux, car la forme asymétrique de la passerelle des Trois Soeurs permet de démarquer clairement la rive gauche, à tendance urbaine, de la rive droite, à l’aspect naturel. Pour l’observateur distant, la structure semble débalancée et d’un équilibre incertain. L’œil est immanquablement attiré par le blanc crème de la pointe et des gardes, contrastant avec le paysage, et par le marron clair des pièces de bois lamellé-collé. La position diagonale des colonnes, penchées vers la rivière comme une ligne à pêche, accentue l’effet de précarité et donnera l’impression que le tablier n’est retenu que par deux câbles fragiles amarrés à la rive.Le promeneur peut toutefois se rassurer. Cette simplicité, voulue par les concepteurs, visait à ne pas surcharger le paysage. En réalité, un passage sur le tablier s’apparentera plus au franchissement d’un pont-levis qu’à la traverse d’une simple passerelle. Même avec des formes épurées, la structure et les ancrages impressionnent par leurs dimensions, leur robustesse et leur solidité. Les colonnes, faisant près d’un mètre de diamètre, et le sommet de l’arche, pesant plusieurs tonnes, renverront aux piétons ou aux cyclistes l’impression d’un voyage au pays des géants.Même si l’intégration à la rivière et à ses berges est agréable de jour, c’est entre chien et loup que le spectacle culmine. Les formes et l’éclairage ne semblent alors plus s’harmoniser uniquement avec le parc, mais avec la ville tout entière. Avis aux amateurs de paysages nocturnes, une balade de nuit sur la passerelle des Trois Soeurs vaut amplement le détour.

Un accueil positif

passerelle des Trois Soeurs 7, 2015Comme dans tout dossier impliquant les deniers publics, bien des aspects du projet ont suscité la polémique. Le choix de l’emplacement, les montants engagés ou la nécessité même de l’installation alimentent encore les discussions et les opinions. Toutefois, les réfractaires doivent s’armer d’arguments solides pour contester l’aspect architectural et l’esthétisme du travail réalisé qui, selon les commentaires entendus aux alentours, semblent enthousiasmer la majorité des passants.Les périodes de prix d’architecture se tenant traditionnellement à l’automne, la candidature de la passerelle n’a pu être soumise cette année. Ce n’est que partie remise. D’ici là, il y a fort à parier que les résidents et les promeneurs adopteront la passerelle des Trois Sœurs et qu’elle deviendra, dans un avenir proche, un symbole de la vocation récréative de la rivière Saint-Charles.Remerciements : Le Service des communications et le Service de l’aménagement du territoire de la Ville de Québec, ABCP Architecture, EMS Ingénierie, Construction BSL, M. René Perron, ingénieur, et M. Georges Sheehy pour les photographies.[ À lire aussi : Chantier : passerelle cyclo-piétonne sur la Saint-Charles (7 et fin) ]