Artistes du quartier (4) : Annie Baillargeon, multiple unique

Atelier d'Annie Baillargeon, rue DurocherDepuis quelques semaines, Monsaintsauveur vous invite à découvrir des artistes en arts visuels qui travaillent dans le quartier Saint-Sauveur. Aujourd’hui, rencontre avec Annie Baillargeon.

Un peu à l’image de ses oeuvres, l’atelier d’Annie Baillargeon, rue Durocher, se présente comme un agencement soigné et harmonieux d’éléments qui inspirent à la fois la beauté et un envoûtement par endroits déstabilisant… Dans cet espace acquis il y a un an, voisin de celui de Pierre & Marie, elle vient travailler tous les jours, suivant l’horaire de l’école de ses enfants, à proximité. L’artiste est également propriétaire de son domicile. « Dans un autre quartier, je n’aurais jamais eu accès à la propriété ! », dit celle qui vit à Saint-Sauveur depuis environ huit ans. Elle y apprécie l’école, les services pour les familles, la mixité. Que manquerait-il ? Une plus grande offre en alimentation pour tous les budgets et… « un lieu culturel », ajoute-t-elle en regardant l’ancien Centre Durocher, bien visible de la fenêtre de son atelier.

De la musique à la 3D

Annie Baillargeon dans son atelierIdentifiée très jeune comme l’artiste de la famille, celle qui a côtoyé des bands à l’adolescence est restée proche de la musique, en écoute abondamment. Elle a été DJette – notamment avec le défunt collectif des Crazy Crawleuses – et n’écarte pas la possibilité de reprendre cette activité plutôt nocturne quand sa vie de famille le lui permettra. Avant même de terminer son baccalauréat en arts visuels, elle cognait avec succès à la porte des centres d’artistes, d’abord pour des projets vidéo, un médium avec lequel elle compte aussi renouer.Le changement n’est jamais un intrus dans la démarche d’Annie Baillargeon : « J’ai commencé à peindre sur mes images, j’étais tannée de tout faire à l’ordinateur. C’est encore nouveau, un peu plus insécurisant… » Sur ses nouvelles pièces où elle explore le jardin, les natures mortes, l’artiste – qui travaille avec un photographe en s’utilisant comme sujet pour des raisons budgétaires – a presque entièrement disparu sous le pinceau. Ce travail fait main suscite l’intérêt des visiteurs à la Galerie d’Este où l’on retrouve ses œuvres, qui sont régulièrement achetées par des collectionneurs privés ou pour des collections publiques. Tout récemment, son travail a été acquis par le Musée des beaux-arts du Canada pour sa collection permanente.Oeuvres en cours, février 2015, atelier d'Annie BaillargeonÉventuellement, l’artiste aimerait intégrer la 3D dans sa pratique : « Me numériser – elle mime le balayage de sa tête vers ses pieds – puis intervenir dessus… ça m’intéresse beaucoup! Il reste à trouver le temps. Et les moyens. »

Individuelle et pluridisciplinaire

Hormis un bref emploi à la Maison Hamel-Bruneau juste après ses études et un peu de travail pour l’artiste Rose-Marie Goulet, Annie Baillargeon vit depuis 12 ans de son art, conciliant sa pratique individuelle avec la réalisation d’œuvres d’art public intégrées à l’architecture. Ces projets de « 1 % », au-delà des contraintes liées aux lieux, offrent de beaux canevas à l’artiste, qui s’avoue plus confortable avec les grands formats. Elle en a un en chantier en ce moment, pour une école primaire qui accueille des élèves de la maternelle à la deuxième année à Saint-Émile. L’œuvre s’inspire du gribouillage enfantin et des lacets, associés aux premiers apprentissages.Poupée Fermière ObsédéeAnnie Baillargeon est par ailleurs membre fondatrice des Fermières Obsédées, un collectif de performance créé avec Eugénie Cliche durant son baccalauréat, et auquel se sont jointes d’autres artistes. Cette discipline artistique, probablement la plus incomprise ici, leur a ouvert la porte de pays comme la Serbie, où elle est la forme d’art la plus prisée, explique Annie. « C’est facile à faire voyager, il y a tout un réseau underground, des festivals. Ce n’est pas une pratique institutionnalisée… mais il y a peu de cachets ! »Plutôt théâtrales bien que sans dialogues, les manœuvres des Fermières Obsédées dans l’espace public ont souvent rallié un public élargi, que ce soit lors du Festival de théâtre de rue de Shawinigan ou en ouverture de Manif d’art 7 en mai 2014, où avait été présenté le Marché du zombie sur la rue Saint-Joseph (teaser vidéo ci-dessous). Cet art, sur lequel elle a moins de contrôle et de recul que sur ses performances et mises en scènes photographiques ou sa peinture, n’est pas celui pour lequel elle s’estime la plus douée. Elle y a cependant trouvé et exploré un cadre multidisciplinaire fort stimulant, et des collaborations qu’elle compte poursuivre, renouveler.[vimeo clip_id= »95901882″ width= »400″ height= » »]

Prochains projets…

Annie Baillargeon développe présentement un autre projet collectif multidisciplinaire où la musique, la danse, le théâtre et l’art visuel se côtoieront… Il faudra patienter un peu pour en savoir davantage.L’artiste aimerait aussi mettre en scène et photographier d’autres interprètes dans ses oeuvres, et elle rêve de pouvoir embaucher une personne à qui elle déléguerait la recherche et les demandes de financement, la comptabilité et autres tâches connexes.Mains dans l'atelier d'Annie BaillargeonD’ici là, Annie Baillargeon continue de porter les multiples chapeaux (et gants!) qu’implique sa carrière artistique fort occupée. Au cours des prochains mois, on verra ses oeuvres entre autres à la Foire d’art contemporain d’œuvres sur papier à Montréal, puis elle sera de l’inauguration du nouveau centre de diffusion culturelle Momentum dans sa ville natale de Victoriaville. Les nouvelles pièces qu’elle terminera d’ici 2016 l’amèneront à refaire son site Web, qui avait été piraté. Elle aura aussi une exposition à Occurence en 2016. Entre-temps, on peut voir ses récentes créations sur son blogue et sur le site de la Galerie d’Este.