Artistes du quartier (1) : l'art jubilatoire de Joseph Kieffer

_Joseph-Kieffer-mss (2)Durant les prochaines semaines, Monsaintsauveur vous invite à découvrir des artistes en arts visuels qui travaillent dans le quartier Saint-Sauveur. Aujourd'hui, rencontre avec Joseph Kieffer.Visiter la galerie d’art l’Œil de Poisson a changé ma vie le 9 janvier dernier. Enfin, disons que ça l’a illuminé. Je suis sortie du complexe Méduse un peu plus vivante qu’avant. Nous nous étions déplacés afin d’assister au vernissage de l’exposition « Circule / Jubile » de Joseph Kieffer, un jeune artiste strasbourgeois de 32 ans qui a élu domicile pour quelque temps dans Saint-Sauveur, avec sa famille, pour une résidence à l’Œil de Poisson. Nous avons connu l'homme, tout comme sa compagne, danseuse et comédienne, par l’intermédiaire de l’école de quartier que fréquente la fille de cette dernière. La curiosité et l’amitié nous ont poussés à venir les voir performer tous deux ce soir-là.Soyons honnête, les dessins, photos et installations de l’artiste, dont l’étrange mobile circulaire affaissé au sol, ne m’ont pas immédiatement séduite à l’arrivée. Mais lorsque Marie-Pan Nappey s’est mise à danser avec ce mobile souple, mouvant et ondoyant – un bijou géant à la structure complexe –, j’ai été subjuguée.Marie-Pan 2Plus tard, les deux artistes se sont livrés à une étrange improvisation au cours de laquelle ils ont fracassé des voitures en terre glaise avec une boule de quilles ou encore fait tourner à une vitesse folle des rondelles de caoutchouc autour de clous avec de l’air comprimé comme de grands enfants. Le tout s’est terminé par la réduction des voitures en boue dont la fille de Marie-Pan a rempli ses bottes. « Très forte cette métaphore du gâchis environnemental que nous léguons à nos enfants », m’a confié plus tard mon amoureux, qui a eu un coup de foudre pour l’interminable file de voitures de glaise atterrissant dans un aquarium dans lequel elles se désagrègent lentement._bagnoles-mss (2)Pour clore le vernissage, les deux artistes ont fait cuire des marrons dehors dans un barbecue en forme de hummer finement découpé dans l’acier par Joseph Kieffer. Une façon de terminer la soirée en toute convivialité… et de pousser un peu plus loin cette image de la voiture comme symbole de l’hyperconsommation.Plus tard, alors que je le rencontre seul dans la salle de l’Œil de Poisson pour qu’il me parle de son travail, Joseph Kieffer m’explique qu’il y avait longtemps qu’il désirait faire ce hummer-barbecue. « Le hummer, c’est un moyen pour écraser les autres, précise-t-il. Moi je m’en sers pour rassembler les gens. Le feu a cette capacité d’engendrer les rencontres. »

Fascinants objets

Sculpteur et bidouilleur, il aime avant tout construire des objets.

C’est en les fabriquant que je crée. Parfois, ça devient des objets pratiques, parfois une œuvre; les frontières sont floues. Je suis un autodidacte et j’essaie un maximum de choses. Tous les dessins créés pour l’exposition sont des sculptures en devenir, une façon de mettre sur papier des formes qui m’obsèdent et que je ne pourrais pas toutes explorer puisque les matériaux coûtent cher. »

_Dessin-JK-mss (2)Si son travail rend compte de certaines inquiétudes, il ne le veut pas pesant, bien au contraire. « Je suis préoccupé l’état du monde, bien sûr, mais je veux transformer cette sensation d’apocalypse par quelque chose de positif. »

À deux, c’est mieux

Travaillant surtout en solitaire, il s’est adjoint depuis environ un an une complice, Marie-Pan, qui donne une nouvelle dimension et impulsion à son travail. Ils ont d’ailleurs créé le projet Tout est parfait dans lequel ils mettent en commun leurs pratiques : les arts scéniques et les arts plastiques. Grâce à elle, son travail s’oriente de plus en plus vers des interventions publiques qui s’apparentent à des actes de délinquance douce. « Quand je prépare une exposition avec Marie-Pan, c’est comme si je préparais une fête. J’essaie de penser aux gens, à leurs réactions. Je veux que les gens ressentent un plaisir physique. »En cela, son approche ressemble beaucoup à celui du collectif BGL, des artistes qui ont également leur atelier dans le quartier Saint-Sauveur et dont les installations cinglantes, provocantes et sources de joie voyagent de par le monde.

BGL a eu une grande influence sur moi, affirme-t-il, enthousiaste. Ils ont été des exemples. Grâce à eux, j’ai découvert une nouvelle façon de faire de l’art contemporain. Claudie Gagnon également, avec ses tableaux vivants. C’est fou ici tous les artistes que l’on apprécie. »

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Québec, ville de tous les possibles

Bien qu’il exerce son métier en grande partie à Strasbourg, Québec tient une place capitale dans son parcours : en quelque 12 ans, il y a fait 4 séjours artistiques. C’est d’ailleurs ici qu’on lui a donné sa première chance. En 2005-2006, le directeur de l’École des métiers d’art de Québec de l’époque, Yvon Noël, lui ouvre tout grand les portes d’un de ses ateliers. Quelques mois plus tard, Norbert Langlois lui prête un local sur la rue Saint-Vallier pour exposer et lui achète quelques œuvres. « En France, ça prend beaucoup de temps avant d’être reconnu. Ici, tout est plus simple. Je fais toujours de belles rencontres artistiques et humaines. »L’exposition « Circule / Jubile » est en cours jusqu’au 8 février à l’Œil de Poisson.

L’Œil de Poisson580, côte d’AbrahamGalerie ouverte du mercredi au dimanche de 12 h à 17 h

Pour en savoir plus sur le travail de Joseph Kieffer :http://toutestparfaitouais.blogspot.cajosephkieffer.blogspot.frhttps://www.onf.ca/film/sur_la_banquise/