Un atelier BD ouvre ses portes dans Saint-Sauveur

Les bédéistes Michel Falardeau, Francis Desharnais, Yohann Morin et ValMo
Collaboration spéciale: Raymond PoirierQuébec a maintenant un deuxième atelier BD! Après la Shop à bulles dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, le Repaire de Biff Tannen a ouvert ses portes à la fin de l’été 2014 dans Saint-Sauveur. C’est quatre auteurs – Michel Falardeau, Francis Desharnais, Yohann Morin et ValMo – qui se sont regroupés rue Saint-Vallier Ouest pour mener de front leurs multiples projets.Interrogé sur l’origine du nom, l’un des fondateurs de l’atelier, Michel Falardeau, s’explique: «On cherchait un nom qui n’intégrait pas les noms bulles, cases ou BD… À un moment donné, c’est Francis Desharnais [l’autre co-fondateur] qui a lancé à la blague "Hey! Le Repaire de Biff Tannen, ça serait cool!" J’ai dit OK. Et c’est resté.»Pourquoi se lancer en atelier? «J’avais envie de sortir de chez nous», lance Francis Desharnais en souriant. L’auteur de Burquette et de Motel Galactic, après plusieurs années à travailler dans son appartement, a décidé de déplacer sa table à dessin au Repaire. Une idée à lui et Michel Falardeau (French Kiss 1986): «En fait, je crois que j’en étais rendu là… Je n’avais juste plus envie de travailler à la maison», explique ce dernier.C’est une petite annonce placée sur Monsaintsauveur qui les aiguille vers leur local, qui, lui, rend le projet palpable, réalisable. Un coup de téléphone. Une visite. Et le tout fut réglé. Restait à trouver quelques compères. Ainsi, rapidement, les deux collègues sont rejoints par deux anciens de Frima Studios qui souhaitent se consacrer à 100% à leur métier de bédéiste, ValMo (que l’on voit à la Ligue québécoise d’impro BD) et Yohann Morin (Les Québécois). «Quand on travaille en atelier, il y a moins de distraction, moins de possibilités de procrastination», estime Yohann Morin. «Et ça force à garder une routine de travail, ce qui n’est pas toujours le cas quand on travaille à partir de chez soi! C’est plus difficile de se laisser aller!», ajoute ValMo.Après quatre mois, la dynamique est peu à peu en train de s’installer au Repaire. Il faut dire que les arrivées furent successives… ValMo à la fin de l’été. Yohann à la mi-septembre. «D’une façon, on est en train de s’apprivoiser», indique Francis Desharnais. Un esprit de travail assez tranquille, oscillant entre ambiance décontractée ou niveau de concentration élevé. Ponctué d’échanges et de conseils.«Je suis en train de travailler sur Les Seigneurs de Saint-Roch, une BD que Francis a scénarisée… C’est assez pratique de l’avoir à côté : si j’ai des questions, je peux facilement le solliciter», note ValMo.Esprit collégial, donc… mais le groupe en est encore à  s’apprivoiser.» «Il faut dire qu’on a des styles de dessin, de narration, très différents», précise Yohann Morin.

Quatre univers dessinés

Suite logique de cette réflexion: inviter les créateurs à présenter, en quelques mots, leurs univers. D’emblée, Michel Falardeau prend la parole. «Moi j’ai l’univers le plus cool!» lance-t-il en riant. Plus sérieusement? Il se décrit comme un hybride entre la BD européenne, américaine et asiatique, une esthétique qu’il exploite au fil de ses albums, de Mertownville au Domaine Gris-loire, à venir l’an prochain. «D’une façon, mon style s’est construit au fil des lectures de mon enfance, de mon adolescence.»Francis Desharnais? «Ce qui m’intéresse, comme scénariste et comme dessinateur, ce sont les possibilités offertes par le médium. Par exemple, le prochain ouvrage que je vais proposer, La Guerre des arts, est constitué de seulement 10 cases qui sont réutilisées, au besoin, au fil de l’album». ValMo, elle, se décrit comme un «caméléon»: «Mon trait peut être aussi voluptueux que dynamique… Au fur et à mesure que j’explore le dessin, je prends un réel plaisir à pousser toujours plus loin ma versatilité», indique-t-elle. Sa force? «Les personnages. J’aime beaucoup les rendre sympathiques, faire en sorte que les lecteurs s’y attachent.»Enfin, pour sa part, Yohann Morin a grandi lui à l’école franco-belge. Hergé, Franquin, Greg, Goscinny, et les autres… «C’est ce qui m’a toujours inspiré, c’est ce que j’ai toujours voulu faire», note-t-il. Une façon, pour lui, de se démarquer également face à la production québécoise: «En fait, cette approche n’est pas très courante pour un dessinateur québécois», complète-t-il. Cela, non sans une certaine diversité! Ainsi, après avoir bouclé le troisième tome de sa série animalière Biodôme, il s’attaquera à de l’heroic fantasy à saveur humoristique. «Ça permet de changer de dynamique!»

Nouvelle étape

Pour chacun, le travail en atelier constitue une nouvelle étape, lié à une volonté de poursuivre dans le métier, de développer sa pratique artistique.«En fait, pour moi, c’est un peu comme le Step 2 de ma carrière… Défi et responsabilité, si on veut. Comme si c’était encore plus vrai que je fais ce métier. Et ça, ça me motive encore plus!», explique Michel Falardeau.Le modèle d’atelier est, pour l’instant, moins fréquent au Québec qu’en Europe. À Montréal, on en dénombre quelques-uns. À Québec, outre le Repaire, il n’y a que la Shop à bulles, qui a ouvert ses portes il y a quelques années de ça. «Je pense que les communautés BD québécoises, qui sont de plus en plus professionnelles, qui vivent de plus en plus du métier, risquent bien de prendre ce chemin-là», indique Francis Desharnais. «Tout particulièrement dans une dynamique où on est de plus en plus en train d’obliquer vers le travail autonome», poursuit ValMo.«En fait, je dirais qu’il a fallu que je me rende en France, que je visite des ateliers BD, pour me permettre de réaliser que le travail en atelier, ça pouvait être le fun», remarque Francis Desharnais.Cela dit, il n’en reste pas moins que la BD demeure un métier solitaire. «D’une certaine manière, ici, c’est quatre solitudes qui sont ensemble», philosophe Michel Falardeau. «En fait, il y a bien des moments où l’on a tous le nez vers notre table, des écouteurs sur la tête!», ajoute Yohann Morin.Et déjà, quelques visiteurs de marque sont passés par le Repaire de Biff Tannen, au fil de leurs séjours dans la Capitale. Fin juillet, Lewis Trondheim (Donjon) venait faire un tour. En août, c’était Nicolas Dumontheuil (La Colonne) et Zviane (Les Deuxièmes). En septembre, visite d’une délégation de la ville de Namur, en Belgique. Passages assez longs pour observer le travail des quatre auteurs, et, aussi, faire un petit détour par Saint-Sauveur!