Embouteillage urbain

Boris, c’est pas un foodie. C’est juste un flasheux!» publiait une amie sur Facebook récemment. J’ai trouvé ça très drôle parce que c’est vrai.

Je suis plus gourmand que gourmet et je n’ai même pas de smartphone pour prendre mes assiettes en photo.  Je laisse ça à mon amie qui me traite de flasheux. Ça lui permet de prendre mes trucs de flasheux en photo. Elle peut les mettre sur Instagram pour flasher. Moi, ça me permet d’illustrer mes billets sur Monsaintsauveur. Qui s’assemble se ressemble!Je ne suis pas un cultivateur urbain non plus. Je ne sais même pas faire la différence entre l’origan et le thym dans le jardin. Ça, c’est pas tout à fait vrai. Le chien est toujours en train de pisser dans l’origan. Ça fait que je commence à savoir où il est l’origan!Par contre, c’est vrai que j’aime ça faire mon show, pour impressionner mes potes. Ça tombe bien. Dans ma cour, en plein Saint-Sauveur, j’ai un beau poirier qui a décidé de faire des poires cette année. Et ça flashe!En fait, j’ai même deux poiriers. C’est la première année qu’ils produisent autant. Il y en a un dans la cour et un au bout de l’entrée, presque sur le trottoir. Celui de l’entrée n’est pas très bien situé. Quand les poires sont mûres, elles tombent et elles s’écrasent sur l’asphalte. Quelques fois sur ma voiture. Pour attirer l’attention par contre, il est parfait. Presque tous les voisins et les passants m’en parlent.

Est-ce que c’est des vraies poires? Est-ce qu’elles se mangent? Ça poussent ici des poires? Est-ce que ça vous dérangerait que je prenne une branche pour faire un greffon?»

Ça donne vraiment des belles conversations de voisinage, comme je les aime. Il y a aussi ceux qui sont trop gênés pour parler. Eux, ils se servent directement dans l’arbre. Quand est venu le temps de la récolte, tout ce qui était à hauteur de bras était déjà parti. J’ai trouvé ça drôle. J’aurais aimé ça en pogner un sur le fait, juste pour rire!Avoir un poirier sur son terrain, c’est bien drôle, mais ça en fait beaucoup. Heureusement, ma blonde est meilleure que moi pour trouver des recettes. Sirop, confiture, beurre, marmelade, tarte tatin, gâteau, tout y passe. En septembre, la thématique c’était la poire.Toutefois, je me dis que tant qu’à avoir un poirier dans sa cour, aussi bien en profiter pour faire un peu de spectacle. Et quoi de mieux pour épater la galerie qu’une poire William avec une vraie poire dans la bouteille. Au digestif, ça en jette! Fait maison en plus, tout le monde est sur le cul. En plus, il y en a toujours un qui demande : «Mais comment t’as fait pour mettre la poire dans la bouteille?»Idéalement, si ce n’est pas un enfant, on lui sert quelques verres avant de lui dire que la poire a poussé dans la bouteille. L’alcool augmente l’effet de surprise, dans sa face en tout cas.Le principe est simple, mais la technique est délicate. Le problème, c’est que les branches ne sont pas assez solides pour supporter la bouteille. Il faut donc installer des supports, et placer le goulot vers le bas pour que l’eau s’écoule. Il faut en faire plusieurs pour être certain d’en réussir une ou deux. Point important, il ne faut surtout pas mettre les bouteilles dans le poirier au bout de l’entrée non plus. Là, c’est certain qu’on va se les faire voler!Bon, pour l’alcool, je triche un peu. Je dois être aussi bon pour distiller de l’alcool que pour reconnaître les fines herbes.  Alors, j’achète de la vodka pas trop cher et j’y laisse macérer des morceaux de poires. C’est pas vraiment de l’alcool de poire, mais ça en a le goût et personne ne s’en aperçoit. Ils sont rendus au digestif après tout.Après plusieurs verres, il y en a toujours un qui va demander: « Mais comment on va faire pour sortir la poire de la bouteille?»Là, c’est le temps de ranger le digestif et de proposer un café avant de se faire casser la bouteille. Le sens du spectacle, c’est aussi savoir quitter la scène au bon moment.