Retour vers le passé

Mon existence au cœur du quartier Saint-Sauveur suit tranquillement son cours. J’apprends les rudiments de survie en milieu urbain et les habitudes du voisinage. Bien sûr, ce quartier n’est pas parfait et ne le sera probablement jamais, mais j’étais quand même curieux d’en savoir un peu plus sur son histoire. J’ai acheté des immeubles dans le quartier au cours des cinq dernières années. Contrairement à plusieurs investisseurs, j’avais la conviction de rester ici plutôt que de simplement posséder un bien immobilier. Quand j’ai acheté mon troisième immeuble en 2010, j’ai fait la connaissance d’une nouvelle voisine, une dame fort sympathique de quatre-vingt treize ans.

Tout deux assis dans sa cuisine dépareillée, elle me racontait la belle époque du quartier durant laquelle, avec la complicité de son défunt mari, elle posséda une vingtaine d’immeubles à revenus. Saint-Sauveur était un quartier ouvrier certes, mais dans lequel vivaient aussi quelques notables et une certaine bourgeoisie naissante. Le regarde triste et fuyant, elle se rappela les années 40 où l’arrivée des assistés sociaux a, selon ses dires, tué le quartier. Elle me montra alors le portrait de feu son époux et après un moment de silence, poursuivit son histoire.

Dès lors, elle et son mari ont commencé à vendre un par un leurs immeubles pour cause de non-rentabilité. Les notables ont fuit vers la haute-ville et les banlieues et ce quartier, autrefois glorieux, a connu ses heures sombres. Heureusement, un vent de changement souffle depuis une dizaine d’année et un nombre grandissant de gens pense que Saint-Sauveur est devenu un endroit dynamique où il fait bon vivre grâce à un mélange homogène d’une nouvelle génération de résidents et des citoyens antérieurs.

J’oublie l’heure et mes obligations, je prends un malin plaisir à écouter cette femme qui est restée toute sa vie dans la même maison, juste à côté de chez moi, et qui me raconte maintenant l’époque où elle avait une boulangerie. Le four à pain est toujours en place dans son garage. Elle me raconte également qu’elle venait jouer avec les enfants des voisins, dans mon appartement, il y a de cela… quatre-vingt ans. Mon cabanon servait aussi de lieu de culte pour les voisins dans les années 70. On venait s’y recueillir et prier le petit Jésus. Les traces de suie sur les murs et les croix en bois en témoignent. J’adore son histoire et je m’amourache de plus en plus des lieux.

Il se fait tard et je laisse, tristement, ma voisine à sa solitude. Entre son petit-fils et ses enfants qui passent de temps à autre, elle n’a pas une vie sociale exaltée. Je me suis promis d’aller lui dire bonjour cet été. D’ici là, sortez dehors et profitez du BBQ!

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