La construction du pont de l'Aqueduc (1 de 2)

Quartier Saint-Sauveur
Source : Archives de la Ville de Québec.

LA CONSTRUCTION DU PONT DE L’AQUEDUC 

 

(…) à cause de sa construction, de sa forme particulière à double courbure, de ses massifs piliers, le pont de l’aqueduc est d’un genre tout à fait nouveau qui vaut bien la peine d’être vu. » - Charles Baillairgé, 1885.

Au milieu du XIXe siècle, la Ville de Québec décide de se doter d’un aqueduc municipal dans le but de combattre plus efficacement les incendies dévastateurs qui ravagent régulièrement les faubourgs et de limiter les dégâts des épidémies de choléra. Un ingénieur de Boston, Georges R. Baldwin, est mandaté pour construire cet aqueduc de 13 kilomètres de longueur pour amener l’eau puisée dans la rivière Saint-Charles par gravité du château d’eau de Lorette jusqu’à la haute ville de Québec.Entre 1851 et 1854, des centaines d’ouvriers doivent creuser une tranchée d’une dizaine de pieds de profondeur entre Québec et Lorette pour enfouir un tuyau en fonte de 18 pouces de diamètre, fabriqué en Grande-Bretagne, qui alimentera la ville en eau potable. Mais un obstacle de taille se dresse sur le long de la route : la traversée de la rivière Saint-Charles.Il faut trouver un moyen de faire traverser la rivière au tuyau d’aqueduc alors que la pression d’eau est la plus forte et le risque de rupture du tuyau le plus grand. En effet, à cet endroit près du pont Scott, l’eau à l’intérieur du tuyau de 18 pouces vient de dévaler rapidement une pente de 10 kilomètres, et doit remonter par pression la côte de l’Aqueduc après avoir traversée la rivière à son point le plus bas.À l’automne 1852, une centaine d’ouvriers sont engagés pour enfouir le tuyau d’aqueduc dans le lit de la rivière Saint-Charles à une profondeur de cinq pieds. Ils doivent détourner en partie la rivière et enfermer le tuyau dans une boîte en bois pour le protéger des glaces en hiver. Très rapidement, les autorités municipales vont réaliser la fragilité du travail effectué.L’ingénieur de la cité Charles Baillairgé constate en 1873 que le tuyau sous la rivière a connu plus d’une vingtaine de fois des fuites d’eau depuis sa construction, provoquant ainsi des pénuries d’eau dans la ville. Il est très difficile d’aller réparer le tuyau sous la rivière; celui-ci menaçant de se rompre complètement ce qui priverait Québec d’eau potable pendant plusieurs mois. Il recommande donc la construction d’un pont tubulaire en fer au coût d’environ $100,000.Mais comme les finances de la ville sont largement déficitaires, les autorités municipales décident en octobre 1873 d’autoriser la construction d’un pont en bois et d’y accrocher le tuyau d’aqueduc qu’on sort du lit de la rivière. En élevant le tuyau de23 pieds, on obtient une diminution de la pression de10 livresau pouce carré, ce qui diminuera les fuites et les ruptures du tuyau d’aqueduc.Un charpentier du quartier Saint-Sauveur, Charles Jobin, obtient le contrat de construction d’un pont en bois à proximité du pont Scott et d’y poser un tuyau d’aqueduc pour un montant de $14,000. Trois ans plus tard au printemps 1876, les glaces emportent le pilier central du pont. Régulièrement en hiver le tuyau dorénavant à l’air libre gèle et provoque encore des pénuries d’eau.Mais surtout, la construction d’un pont en bois qui bloque la circulation de petits bateaux à cet endroit provoque la colère des résidents et des commerçants. Les propriétaires de la grande manufacture de poterie William et David Bell, qui était située sur les terrains de l’actuel cimetière Saint-Charles, vont contester jusqu’au Conseil privé de Londres - Cour suprême de l’époque - le droit de la Ville de construire un pont pour l’aqueduc à cet endroit.Selon eux, la Ville, en construisant un pont avec piliers à 10 pieds de la haute marée, obstrue et rétrécie la rivière et la rend dangereuse à la navigation. Ils demandent un dédommagement de $40,000.  Le Conseil privé de Londres doit trancher la question à savoir si la rivière Saint-Charles est navigable à cet endroi. La Cour donne raison à la ville et conclut en novembre 1879 que si la rivière est flottable à cet endroit pour les petits bateaux et les radeaux, elle n’est pas navigable à l’endroit où la Ville a construit le pont de l’aqueduc.La Ville décide en 1883 de construire un second tuyau d’aqueduc de 30 pouces entre Lorette et Québec. L’entrepreneur Horace Beemer obtient le contrat. Il devra démolir le pont en bois et construire un pont tubulaire en acier et en fer au-dessus de la rivière Saint-Charles au coût de $50,000 pour y faire passer les tuyaux d’aqueduc de 18 et 30 pouces. Le nouveau pont fabriqué à Hamilton avec de l’acier provenant de Middlesbrough en Angleterre est terminé en janvier 1885.Le pont de l’aqueduc, aujourd’hui réservé aux cyclistes et aux piétons (ci-bas, localisation), demeure le plus ancien pont construit à traverser la rivière Saint-Charles.

À suivre le 21 juillet :Talon d'Achille de la Ville de Québec

Quartier Saint-Sauveur[ En complément de la série Histoire de l'aqueduc de Québec. ]

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