Histoires de dépanneurs (2) : Accommodation Durocher

Mon monsieur de dépanneur, il n'est pas jasant. Quand je vais faire mes commissions, il me salue une fois sur deux et la plupart du temps, il scanne machinalement mon sac de chips et me fait payer sans piper mot. Alors quand on m’a demandé d’écrire un billet sur mon dépanneur, je me suis dit « Oh boy, c’est mal parti »!Le propriétaire, originaire de Chine, habite dans l’appartement au-dessus de son commerce, mais on pourrait penser qu’il habite carrément dedans. Une fois, j’ai vu une glacière et puis une autre fois, je suis pas mal sûre d’avoir vu un oreiller et un sac de couchage derrière le comptoir. C’est un peu confus comme endroit, il y a toujours des trucs qui traînent.Il est très vaillant mon monsieur de dépanneur. Il n’a pas d’employés et je suis quasiment certaine qu’il n’a jamais pris un seul jour de congé depuis qu’il est devenu propriétaire il y a de cela presque trois ans. Tous les jours, il est fidèle au poste dans son manteau fluo.Mon monsieur, il fait toujours des trucs « tellement chinois ». Les longues journées derrière le comptoir semblent lui avoir donné le mal du pays. Sur son écran d’ordinateur, il diffuse les nouvelles de la Chine ou carrément des vidéoclips d’artiste pop qui doivent faire un malheur là-bas. D’autres fois, il s‘octroie une petite partie de Majhong pour se dérider un peu.Depuis quelques temps, il a de la compagnie. Une jeune femme aux yeux en amande qui semble être sa soeur. Parfois, c’est elle qui s’installe à la caisse arborant une belle robe et un immense sourire. L’ambiance est plus gaie depuis. L’été, ils sortent les chaises de camping sur le petit perron ou encore descendent dans la rue pour disputer un match de badminton.J’ai tenté d’ouvrir la discussion avec mon monsieur de dépanneur. Ça n’a pas été terrible. Après trois questions, il est vite devenu mal à l’aise, j’ai pas insisté. Mon monsieur de dépanneur, il n'est pas jasant.