Déménagement de la Quincaillerie Chs. N. Paquet

C’était en début de soirée, il y a quelques semaines. Je revenais de faire des commissions en voiture. En tournant sur ma rue, j’ai vu des affiches fluo dans les vitrines de la Quincaillerie Chs. N. Paquet. Qu’est-ce que c’est ça ? Sûrement pas des négociations syndicales. J’ai fait un détour pour en avoir le cœur net.En arrivant en face du commerce, j’ai figé comme quand je tombe sur quelqu’un que je connais dans la rubrique nécrologique. « On déménage au 1744, chemin Saint-Louis ». Ah ben ta! Je viens de perdre ma quincaillerie de quartier !« C’est vraiment une décision d’affaires, m’a dit Éric. La quincaillerie était déficitaire depuis le mois de janvier. J’ai étiré ça comme j’ai pu, mais un moment donné, t’as pas le choix de prendre une décision.»Éric, c’est Éric Paquet. C’était le propriétaire de cette quincaillerie au coin des rues Franklin et de l’Aqueduc. L’an dernier, il a racheté la Quincaillerie Corriveau, à Sillery. C’est là que je l’ai rencontré et où Chs. N. Paquet est « déménagé ».

Chs. N. Paquet, c’était presque une institution dans le quartier. Ça existait depuis combien de temps exactement ?

60 ans. C’est mon grand-père qui l’a démarré. Mon père l’a repris et moi ensuite depuis 18 ans. J’ai fait mon primaire dans le quartier. J’ai habité dans St-Sauveur en tout pendant 23 ans, la moitié de ma vie. Mais là, j’ai tiré un trait et je vis bien avec ma décision.À moi-même : Moi si j’étais à sa place, ça me ferait vraiment suer à mort.»

Comment expliques-tu la baisse d’achalandage et, qu’on se dise les vraies affaires, la fermeture?

Les travaux dans la côte de l’Aqueduc, ça a été le clou dans le cercueil. Même pour un commerce de proximité, il faut que l’accès en voiture soit facile. En 2010 et puis en 2011, la rue de l’Aqueduc a été fermée. En 2012, c’était la côte de l’Aqueduc puis cette année, en 2013, c’est le chemin Sainte-Foy en haut qui est en réparation.»

As-tu eu de l’aide de la ville pendant les travaux ?

Vraiment pas. J’étais tout seul dans mon coin. J’étais presque un problème pour eux. Un petit commerce de quartier, ça n’a pas un gros poids politique on dirait.»

Montcalm et des Franciscains, c’était une clientèle importante?

Très importante. D’où le côté critique de l’accès en voiture. Si les gens pouvaient entrer avec leurs autos dans le magasin, ils le feraient. C’est pas drôle, mais on dirait que les seules affaires pour lesquelles les gens vont marcher, c’est pour la bière et les billets de loterie. Pis encore…»

Je pense que je comprends mieux ce qu’il veut dire quand il dit qu’il vit bien avec sa décision. En fait, ce n’est pas qu’il vit bien avec, c’est qu’il en a fait son deuil. La décision, c’était dans le sens de faire ce qu’il devait faire, pas de faire un choix. Au moins en achetant la Quincaillerie Corriveau, ça lui a permis de rester en affaires.Malgré tout, ça me fait un pincement de voir des commerces comme Chs. N. Paquet disparaître. Autrefois, tous ces commerces étaient une caractéristique du quartier. Je devrai y penser un peu plus la prochaine fois où j’irai faire des commissions en char.En attendant, je vais me prendre une bière en révisant mon texte. Ça je peux encore aller en acheter à pied, pour le moment.