« La shop » au fil du temps | 28 mars 2021 | Article par Carole Beausoleil

La « van », vers 1940.

Crédit photo: Archives Michel Beaulieu

« La shop » au fil du temps

Dans le quartier Saint-Sauveur, là où la rue D’Argenson bifurque effrontément, coupe la rue Saint-Joseph Ouest et la rue Hermine pour aller se heurter au boulevard Langelier, se dresse fièrement La shop, qui en a vu, du temps.

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De magasin de seconde main en 1896, propriété de Charles Loupret, époux de Marie-Louise Beaulieu, elle est devenue « La shop » l’année suivante, acquise par un marchand qui l’a transmise dans la famille au fil du temps.

L’intersection où logeait « La shop ». Mars 2021.
Crédit photo: Carole Beausoleil

Cette bâtisse basse, allongée, brave, toujours bien peinturée et très longtemps de couleur grise – jusqu’à plus récemment, nouveau propriétaire oblige – a abrité mon oncle le jour, durant de nombreuses années. C’était comme son havre de paix de marchand de chiffons, de métaux et de verre.

Dernièrement, sa photo de 1953, sortie des Archives de la Ville, a circulé dans les médias,  montrant du doigt la bouteille de Coca-Cola à sept sous de l’enseigne sur son toit, tout en ignorant complètement sa présence, celle de l’autre enseigne de « Player’s Please », de la cheminée de briques et de la porte ouverte, toujours prête à accueillir mon oncle au sortir de son camion.

Aussi, une autre photo d’archives de décembre 1963 montre en hauteur sur le toit une affiche publicitaire de voiture décapotable. Mon oncle demandait comme seul revenu que ses murs soient frais repeints, se rappelle mon cousin Michel. Un McDonald’s aurait bien aimé prendre sa place, ce qu’a refusé Joseph sans hésiter.

Une affiche publicitaire montrant des hommes en bobette un peu trop osée – pas les « Deux hommes tout nus » du théâtre La Bordée, tout de même! – n’a pas eu beaucoup le temps d’être regardée, elle, collée sur son mur de l’autre côté, en face des Apôtres de l’Amour Infini, visiblement choqués. Elle porte même une adresse, celle du 421, rue Saint-Joseph, écrite dans l’Annuaire Marcotte au nom de Beaulieu Jos. de E. Beaulieu & Frère (légèrement modifié au cours des ans) et marquée sur la « van », camion-remorque stationné du même bord de rue que celui des Apôtres déjà nommés.

Le premier souvenir photo, aux alentours des années 1940, tiré des archives de mon cousin, affiche le visage de mon oncle au volant de la « van » chargée de ballots de chiffons. Visiblement prête pour son départ le lendemain, tôt aux petites heures du matin, elle allait revenir dans la même journée à ce bout-ci de l’Autoroute 9, renommée La 20.

1940 – À partir de la gauche : Adjutor, Henri Lortie, Joseph et un employé, rue Saint-Luc.
Crédit photo: Archives Michel Beaulieu

Avec un léger détour, parti de la rue Saint-Luc, son propriétaire semblait venir lui montrer qu’il ne serait pas rentré le lendemain matin, contrairement à l’accoutumée. Un peu plus jeune, en 1940, ce même propriétaire, Adjutor, à gauche sur la photo, pose fièrement en complet-cravate le regard fixé en direction de sa maison. Il est accompagné de son beau-frère Henri Lortie, de son frère aîné Joseph, aussi fier mais habillé autrement, tout comme son aide, à droite complètement.

Depuis quelques années déjà, son autre propriétaire, le benjamin, s’en est allé, non sans s’être assuré que « La shop » ne serait pas abandonnée. Un artisan du quartier y a trouvé sa place, moyennant le fait qu’elle soit conservée. Enfin, depuis ce temps, « La shop » bien décorée est renommée  « l’atelier La Pierre des Ancêtres ».

Émile et sa famille. Vers 1918.
Crédit photo: Archives Michel Beaulieu - Photographe Edm. Ernst,