<em>Tes déchets, ma richesse</em> : rien ne se perd, tout se crée | 22 août 2019 | Article par Catherine Breton

Image tirée du documentaire Tes déchets, ma richesse.

Crédit photo: Gracieuseté

Tes déchets, ma richesse : rien ne se perd, tout se crée

À l’ère où les enjeux environnementaux deviennent préoccupants, il est bon de se demander : que faire des trois millions de tonnes de déchets que nous produisons chaque jour dans le monde ?

C’est la question que s’est posée la documentariste Karina Marceau dans son dernier film, Tes déchets, ma richesse, produit par le Groupe PVP et disponible présentement sur Tou.tv.

Seriez-vous surpris si je vous disais que le Canada est le champion des pays de l’OCDE en matière de quantité d’ordures produites par habitant?

Mais rassurez-vous, le ton du documentaire n’est aucunement moralisateur et il se tient loin du catastrophisme. Rien pour nourrir votre éco-anxiété, bien au contraire, puisqu’il propose un regard sur des innovations lumineuses, humaines et tout à fait logiques lorsqu’on y réfléchit un peu.

Repenser la linéarité

Karina Marceau, qui s’intéresse à l’humain avant tout, s’attarde, dans Tes déchets, ma richesse, aux activités économiques des entrepreneurs québécois et à l’impact de celles-ci sur l’environnement. Pour nous accompagner tout au long du documentaire, la réalisatrice a déniché la personne idéale…

Durant près d’une heure, on suit Karine Awashish, une Atikamekw d’Opitciwan qui se passionne à la fois pour l’économie et la nature. Elle est conseillère en économie sociale pour les Premières Nations. Le fait qu’elle soit issue de la communauté autochtone n’est pas anodin pour aborder ce sujet, puisque la logique derrière ce modèle économique rejoint les valeurs traditionnelles et colle parfaitement à la conception du monde qu’ont les peuples autochtones.

Dans la culture autochtone, il y a une tradition qui veut que lorsque l’on réfléchit à des projets ou des initiatives à mettre en place, on le fasse en pensant aux sept générations à venir. Outre le principe de pérennité, celui de circularité est également bien présent partout dans la culture autochtone. L’exemple de la chasse à l’orignal donné par Karine Awashish dans le documentaire illustre bien cette vision :

« Le chasseur, après avoir tué l’orignal, partageait la viande avec la communauté, en plus de donner la peau à des artisans pour en faire des mocassins, et les os pour en faire des outils. »

Bref, rien ne se perd, tout se partage, et tout le monde en bénéficie. Le but est d’exploiter les ressources le plus longtemps possible, dans un idéal de diminuer le gaspillage au maximum. L’économie circulaire s’inscrit donc harmonieusement dans le désir des peuples autochtones de se développer économiquement tout en respectant la nature.

Une tangente à adopter, assurément, bien qu’elle soit parfois difficile à appliquer à certaines formes d’industries.

Dénicher des trésors insoupçonnés

Le documentaire de Karina Marceau aborde un aspect spécifique de l’économie circulaire : la symbiose industrielle.

Durant une heure, on visite les régions, qui vont de Lanaudière à la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie en passant par la Montérégie, pour aller à la rencontre d’entrepreneurs qui font les choses différemment. Ces innovations, elles ont lieu tant dans l’industrie agroalimentaire que dans des entreprises de fabrication de matériaux industriels. Elles sont ingénieuses, c’est le moins qu’on puisse dire.

Ces entrepreneurs ont ceci en commun : ils ne conçoivent pas les déchets comme des ordures, mais plutôt comme des matières résiduelles à exploiter. Ainsi, la drêche de bière devient de la nourriture des porcs du producteurs voisin. Le caoutchouc – vous savez, celui-là même qui compose les pneus de nos voitures, qui ont créé un désastre écologique à Saint-Basile-le-Grand en 1988 –  le caoutchouc, dis-je, devient de nouvelles pièces de voiture. Le verre remplace le sable dans le béton, le rendant plus performant au passage… et ainsi de suite.

Ces innovations prouvent que la bonne volonté, et peut-être aussi un peu la nécessité, donnent naissance à des idées lumineuses qui sont porteuses d’espoir pour l’avenir. Pourvu que l’on emboite tous le pas. Et c’est exactement ce que souhaite provoquer Karina Marceau par ce documentaire : nous en convaincre. Le communiqué de presse présentant le projet se termine d’ailleurs sur cette promesse : « vous ne verrez plus jamais les ordures de la même façon »!

La démarche offre l’avantage de gagner sur deux fronts : économique et écologique. Une combinaison que plusieurs croient impossible. Il est vrai que ce modèle se met en pratique plus aisément dans les entreprises locales que dans les multinationales. N’empêche, ces dernières devraient pouvoir s’en inspirer.

Parler des humains à d’autres humains

Ancienne athlète en patinage de vitesse, Karina Marceau a trimballé sa caméra dans plus de 30 pays, habité Montréal durant plus d’une décennie, mais c’est dans Saint-Sauveur qu’elle a choisit d’installer ses pénates.

Karina Marceau
Crédit photo: Gracieuseté

Elle se fait un devoir de tourner principalement en région, en plus de donner une voix à des gens qui proposent des sujets singuliers. Depuis 2003, elle a abordé des sujets variés : le rapport des jeunes à la langue française, la fascination pour les armes à feu, la violence envers le personnel des soins de santé, le monde de la construction au féminin, les animaux abandonnés, la foi religieuse, la performance… Bref, c’est une insatiable curieuse. Elle aime profondément parler des humains à d’autres humains. Et on l’en remercie.

On peut voir son plus récent documentaire Tes déchets, ma richesse en ligne sur la plateforme de Tou.tv.