Le « Bouffe-tout » de Colin Brassard | 13 juin 2019 | Article par Monsaintsauveur

Colin Brassard avec Claudine Gauthier, enseignante en 6e année à l’école Sacré-Coeur.

Crédit photo: École Sacré-Coeur

Le « Bouffe-tout » de Colin Brassard

Dans le cadre d’un concours littéraire de la Commission scolaire de La Capitale, Colin Brassard, élève de sixième année de Madame Claudine à l’école Sacré-Coeur, a remporté la première place dans la catégorie « Coup de cœur 3e cycle » avec son texte « Le Bouffe-tout ». Voici son texte intégral.

Le Bouffe-tout

 

Ici, tout est crasseux et la puanteur de notre sueur flotte dans l’air. Dans le camp des résistants, on combat contre les monstres de la forêt enchantée. Tous les hommes craignent de finir dans la gueule du Bouffe-tout, sauf moi. Je m’appelle Mathis et j’attends impatiemment que le plat se présente sous mon nez. Quand il arrive, mon estomac grogne de plus en plus fort. Ici, la nourriture est frugale. Normal, nous sommes en plein milieu de la forêt. Aujourd’hui, le repas est composé d’haricots noirs en purée avec l’eau de la source. Comme dessert, on a droit au petit creux dans notre ventre qui crie famine. Notre chef, quant à lui, dévore des boulettes qui dégoulinent de sauce brune sur son costume et sirote du rhum. D’ailleurs, il fait toute une scène lorsqu’il y a un cheveu qui pénètre dans son verre (il souffre de calvitie). Un peu plus tôt, j’ai annoncé à mes coéquipiers que j’allais essayer d’exterminer le Bouffe-tout pour prouver ma bravoure et pour en finir avec cette guerre. Ils ne croyaient pas en moi. Après le souper, j’ai pris le strict nécessaire: une éprouvette pour accumuler le sang de ma proie, un sac, une boîte de provisions, une lanterne, quelques allumettes et un couteau. Je suis parti en me guidant avec les étoiles. Mes compagnons me fixaient désespérément.

Les nuits étaient interminables, les jours aussi, mais j’étais sûr que j’allais finir par le dénicher. Durant la troisième nuit, ma lanterne s’éteignit en raison d’un coup de vent. Lorsque je la rallumai, le monstre qui roupillait, apparut sous mes yeux pétrifiés. Sa longue langue collante aurait pu m’agripper comme si j’étais une mouche et lui une grenouille. J’ai alors pris mes jambes à mon cou sans regarder où je déposais les pieds. Pendant ma course, une branche craqua sous mes pas. L’énorme bête qui a l’ouïe fine, se réveilla et se mit à courir après moi. J’ai redoublé d’ardeur dans mon élan, mais j’ai trébuché sur un tronc. Aussi vite que l’éclair, le Bouffe-tout sortit sa gigantesque langue et m’attrapa dans sa gueule béante. Il m’avala sans me croquer puisqu’il ne possède pas de crocs.

J’ai fait un long voyage pour atterrir dans son estomac bourré d’acide. En deux temps trois mouvements, j’ai empoigné mon couteau dans mon sac et découpé sa peau de l’intérieur avec finesse. Je me suis dépêché de récolter son sang sans me soucier de mes brûlures. L’acide me faisait souffrir et c’est à ce moment que les fées guérisseuses se sont posées à côté de moi. Elles effectuèrent d’étranges gestes avec leurs mains et firent jaillir de petites étincelles. Peu à peu, ma peau se mit à réapparaître dans un parfait état.

Je rentrai au camp après trois jours de marche complètement épuisé. Lorsque j’ouvris la porte d’entrée, mes compagnons me firent une ovation. Grâce à moi, le roi des monstres est mort et dans peu de temps la paix régnera, car sans chef pour les gouverner, ses serviteurs périront.

Colin Brassard