Histoires de logement | 17 juin 2018 | Article par Dale Gilbert

Cuisine d’un logement de la rue Boisseau, paroisse Saint-Sauveur, années 1950.

Histoires de logement

Plusieurs personnes ont répondu à l’invitation de soumettre à notre chroniqueur Dale Gilbert des questions et souvenirs sur l’histoire du quartier Saint-Sauveur. Nous inaugurons ainsi cette série d’échanges par une chronique à saveur résidentielle.

Une résidente du quartier se demande comment la vie s’y organisait dans les logements à l’époque où les familles étaient nombreuses. Cette incursion dans le quotidien, derrière portes et rideaux, nous révèle des situations fort différentes de celles que l’on vit aujourd’hui.

Vivre entre proximité et « entassement »

Reportons-nous au début des années 1950. Saint-Sauveur compte alors environ 39 000 personnes et 8 000 maisons et logements, dont la plupart ont 2 ou 3 chambres à coucher. Près de la moitié des maisons et logements, bien que dotés d’un cabinet de toilette, ne disposent pas d’un bain ou d’une douche.

Dans un quartier où les revenus modestes sont la norme et où il y a en moyenne 5 personnes par maison et logement, plusieurs enfants grandissent en partageant leur chambre, voire le même lit, avec leurs frères et sœurs. Chez de nombreuses familles, le salon se transforme en chambre la nuit venue. De même, en l’absence de bain et de douche, les gens se nettoient « à la mitaine », pour reprendre l’expression consacrée, à l’aide des éviers ou de cuves.

La vie quotidienne chez soi est ainsi marquée par la proximité – l’« entassement », selon certains – des membres de la famille et la débrouillardise. Il serait inopportun de juger ces situations selon les standards d’aujourd’hui, où souvent chaque enfant a sa chambre, où le salon ne devient chambre à coucher que lors de situations exceptionnelles et où bain et douche sont presque de facto présents. Pour plusieurs, cette vie d’alors était synonyme de bons souvenirs, de nuits de pagaille, de rires et de solidarité.

Pour d’autres, cependant, cette promiscuité et ce manque de confort ont déplu et ont motivé, dès que possible, un déménagement dans un logement plus grand et mieux équipé, comme ceux du secteur Lairet de Limoilou par exemple, développé en bonne partie après la Seconde Guerre mondiale, ou l’achat d’une maison dans les villes de banlieue, elles aussi en forte croissance après 1945, grâce notamment à l’amélioration des revenus.

De nouvelles manières d’habiter

Des transformations importantes des manières d’habiter sont survenues dans les quartiers populaires comme Saint-Sauveur durant la seconde moitié du 20e siècle. Un plus grand individualisme, doublé d’une diminution de la taille des familles, ont conduit à une baisse du nombre de personnes par maison et logement et des situations de partage d’un lit ou d’une chambre.

L’amélioration des revenus a de même contribué à la rénovation d’un grand nombre de logements et de maisons afin d’y aménager une salle de bain telle qu’on les connaît aujourd’hui. Des revenus en hausse ont aussi permis l’achat de biens comme un réfrigérateur ou un téléviseur, ce qui a eu des conséquences significatives sur d’autres sphères de la vie de quartier, comme la consommation et les loisirs.

Vous avez des photos d’époque représentant la vie à l’intérieur ou à l’extérieur des maisons et logements du quartier? Je vous invite à nous les partager. L’une d’entre elles pourrait constituer la base d’une prochaine chronique. Souvenirs et questions sur d’autres sujets sont également les bienvenus. Au plaisir de vous lire!