Les bijoutiers Gagnon, un destin né de la Première Guerre mondiale | 22 août 2017 | Article par Céline Fabriès

Geneviève Gagnon et son père, Marc Gagnon. Sur le tableau derrière eux, Serge Gagnon et le premier de la lignée Amédée Gagnon

Crédit photo: Céline Fabriès

Les bijoutiers Gagnon, un destin né de la Première Guerre mondiale

La Bijouterie Serge Gagnon fête ses 90 ans. Il est rare qu’un commerce atteigne une telle longévité, encore plus quand il reste dans la famille et qu’une quatrième génération s’apprête à prendre la suite. Mais au-delà de la durée de vie, son histoire aurait pu ne jamais exister si la Première Guerre mondiale n’avait pas changé le destin du premier de la lignée, Amédée Gagnon.

Destiné à devenir prêtre, Amédée Gagnon enseigne au Séminaire de Québec lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Le jeune homme s’envole pour l’Angleterre avec le C.O.T.C. Laval où il sera instructeur. Après la fin de la guerre, le Québécois reste en Europe pour apprendre le métier d’horloger en Suisse.

De retour au pays, il n’est plus question pour lui de devenir prêtre. Son destin a changé. Après neuf ans à l’emploi du bijoutier Arthur Paquet dans Saint-Sauveur, Amédée Gagnon lance sa propre affaire en 1927 sur la rue Père-Grenier. Deux ans plus tard, il déménage sur la rue des Oblats et fonde la première école d’horlogerie au Québec.

Le fils aîné, Serge, ainsi que les cadets, Pierre et Jacques, suivront les traces de leur père. Serge Gagnon ouvre sa première boutique sur la rue Saint-Jean en 1946 avant de revenir s’installer dans Saint-Sauveur un an plus tard. En 1957, l’horloger acquiert le 254 rue Saint-Vallier Ouest, toujours occupé par la bijouterie en 2017.

En 1981, une troisième génération de Gagnon débute dans le métier. Marc Gagnon, fils de Serge, après des études en horlogerie-bijouterie à Montréal, revient à Québec pour travailler avec son père. En 1992, il prend sa succession en achetant la boutique. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, la belle histoire de la famille Gagnon se poursuit avec Geneviève Gagnon qui s’apprête à prendre peu à peu les rênes du commerce de son père.

Un métier d’homme

Père de deux garçons également, Marc Gagnon avoue candidement n’avoir jamais pensé à sa fille pour prendre la relève. Sans avoir « jamais forcé » pour que l’un de ses enfants se joigne à lui, il pensait en premier à l’un de ses fils pour une éventuelle relève.

« D’avoir une relève, je trouve ça merveilleux », s’exclame le bijoutier, très heureux du choix de sa fille, tout en reconnaissant avoir eu des limites dans sa tête par rapport aux femmes dans son métier.

En effet, plus jeune, Marc Gagnon a vu très peu de femmes exercer le même métier que lui. Les choses ont évolué et les femmes ont cogné à la porte. Aujourd’hui, la boutique en compte plusieurs comme employées, dont une horlogère et une joaillière.

Contrairement à ses aïeuls, Geneviève Gagnon n’a pas étudié l’horlogerie, optant plutôt pour une formation en éducation spécialisée avant de décider de prendre la relève de son père. Tout en apprenant le métier avec son père, elle s’occupera surtout de l’administratif et du service à la clientèle, laissant la technique à des employés spécialisés.

Perdurer dans le quartier Saint-Sauveur

« Ce n’est pas important de connaître la technique, il y a une équipe pour ça », affirme Marc Gagnon, qui espère plutôt la survie du commerce dans le quartier Saint-Sauveur, là où tout a commencé il y a 90 ans.

Il ne s’en cache pas, il a été tenté par les sirènes des centres commerciaux, en particulier pendant les années un peu plus difficiles, alors que le quartier avait mauvaise réputation. Mais en pesant les pour et les contre, le bijoutier a finalement opté pour la continuité et la liberté avec son petit commerce de quartier.

Marc Gagnon reproche aux centres d’achat les « contraintes importantes » par rapport aux horaires et aux jours d’ouverture, le « flânage » des clients et le manque de service à la clientèle.

Dans un petit commerce, il y a peut-être moins de choix, mais les employés sont formés et ont du plaisir à échanger avec les clients, affirme le bijoutier. Le client qui arrive, ce n’est pas quelqu’un qui vient nous déranger. On est content de le servir.

Ce qui le rend le plus fier, c’est de voir des gens venir à sa bijouterie avec des bijoux vendus par son père ou son grand-père, ou des jeunes acheter un bijou en cadeau comme l’ont fait avant eux leurs parents et leurs grand-parents.

Les clients de la Bijouterie Serge Gagnon ne résident pas tous dans Saint-Sauveur. Internet permet maintenant de rejoindre les gens même si la vie les a amenés ailleurs. Marc Gagnon ne craint pas non plus les montres plus techno comme la Apple Watch.

Au-delà de la mode, la montre n’est pas qu’un accessoire, c’est aussi un bijou. La nouvelle génération recherche une image, un look, mais elle considère aussi de plus en plus le travail humain.

Bijouterie Serge Gagnon
254 rue Saint-Vallier Ouest
418 523-9637