Vélo-boulevard et incantations urbaines

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À Québec, on semble soudain s’être mis à croire que la peinture a des vertus magiques. C’est en tout cas ce que donne à penser l’aménagement du « vélo-boulevard » de la rue Montmagny, dévoilé hier.

inspOn s’imagine peut-être qu’en dessinant des symboles de vélos et un trait blanc sur la chaussée, les cyclistes seront miraculeusement protégés des risques d’emportiérage; que ceux-ci et les automobilistes se mettront à partager la route dans la joie et l’allégresse…J’en doute, et je ne suis pas le seul.En 2009, l’Institut national de la santé publique du Québec (INSP) publiait une importante étude traitant des facteurs favorisant la sécurité des cyclistes et des bonnes pratiques en matière d’aménagements cyclables. Si l’on en croit ce document, les aménagements prévus sur la rue Montmagny ne rencontrent pas les critères minimums de sécurité reconnus par les experts.À cause des risques d’emportiérage, il est par exemple fortement déconseillé d’aménager des bandes cyclables entre la voie de stationnement et la circulation, ce qui est pourtant prévu sur tout le parcours de ce « vélo-boulevard », et souvent des deux côtés de la rue.optionbL’INSP remet également en doute la sécurité des bandes cyclables unidirectionnelles à contresens, comme celle qui est proposée entre les rues Saint-Vallier Ouest et Arago Ouest, car ce modèle de bande « augmente le risque de collision aux intersections à cause de l’arrivée du cycliste à contresens de la circulation automobile ». Le tronçon visé par ce type d’aménagement sur la rue Montmagny, qui fait environ 800 mètres, compte pas moins de douze intersections pour lesquelles, à l’exception de celle de la rue de l’Aqueduc, la Ville ne semble pas avoir prévu d’aménagements particuliers.Certains pourront arguer que ces aménagements « sont mieux que rien ». Faux. Pour l’INSP, « il vaut mieux ne pas identifier publiquement une rue ou une route comme une voie cyclable ou un réseau si cette voie ou ce réseau n’est pas pourvu d’un aménagement sécuritaire ».L’aménagement urbain n’est pas et ne sera jamais une science exacte. Il y a toutefois des principes que l’on devrait respecter pour améliorer les probabilités que les usagers de la route, incluant les cyclistes, puissent se déplacer de façon sécuritaire.

Donner une juste place au vélo

Je ne pratique pas le cyclisme utilitaire : pour différentes raisons, dont le fait que cela me permet d’écrire des billets de blogues comme celui-ci, je préfère emprunter le transport en commun. Au bureau, je côtoie cependant plusieurs cyclistes qui viennent chaque jour travailler à vélo et qui ne troqueraient celui-ci pour rien au monde – et ce, malgré le fait que tous ceux que je connais ont déjà été victimes d’au moins un accident.Il ne faut cependant pas croire que les automobilistes sont les seuls à blâmer dans ce triste constat. Récemment, un collègue s’est cassé le bras à la suite d’un accident de vélo causé… par un autre cycliste. Le civisme et la conduite sécuritaire doivent se pratiquer autant derrière le guidon que derrière le volant. Il faut par contre reconnaître une chose : à Québec, l’espace urbain est loin d’être partagé de façon juste entre les principaux modes de transport, ce qui a sans contredit un impact sur les risques que courent les cyclistes.J’ai l’impression que plusieurs ici pensent encore que les cyclistes utilitaires, c’est-à-dire ceux qui veulent aller du point A au point B de la façon la plus rapide et sécuritaire possible, ne sont pas là pour rester et que leur nombre ne va pas aller en augmentant. Certains semblent en effet croire qu’ils vont magiquement disparaître des rues de la ville parce qu’ils se font klaxonner et insulter (histoire vécue), parce qu’on tente de les repousser sur des voies de circulations secondaires et de les étourdir de détours comme sur Père-Marquette ou parce qu’on leur répète que « faire du vélo l’hiver, c’est stupide et dangereux ».Eh bien, à ceux qui se demanderaient encore pourquoi il y a des vélos dans nos rues, je reprendrais une réponse fameuse de notre premier ministre : « Parce qu’on est en 2016 ».L’époque du « tout-à-l’auto » a longtemps régné dans les villes nord-américaines, laissant un lourd héritage et des aménagements souvent « coulés dans le béton ». Québec n’est pas une exception. Les villes doivent cependant savoir évoluer et s’adapter en fonction des gens qui les habitent et de leurs besoins.Et si pour une fois on arrêtait d’opposer les besoins des vélos à ceux des automobilistes et que l’on commençait à essayer vraiment de donner à chacun la place qui lui revient dans notre ville ? Source : Institut national de santé publique du Québec (avril 2009), Les aménagements cyclables : un cadre pour l’analyse intégrée des facteurs de sécurité, 101 p.