Une murale fait réagir au parc Durocher

mnickner_muralenewjoecool

Une murale de Pierre « NewJoeCool » Bouchard commandée par le Service des loisirs de la Ville de Québec au chantier de démolition de l’ancien Centre Durocher a suscité des réactions d’artistes locaux, qui ont déploré qu’elle recouvre des inscriptions laissées par des citoyens mécontents du sort de l’édifice.

Interviewée lundi soir suivant la séance du conseil d’arrondissement de La Cité-Limoilou, Chantal Gilbert, conseillère du district Saint-Roch – Saint-Sauveur, a expliqué la commande de murale pour ce chantier qui, a-t-elle précisé, devrait durer près de deux ans :

2016-10-27-centre-durocher-demolition-pano-mss-03Comme le chantier déborde sur le parc qui appartient à la Ville, où beaucoup d’enfants vont et beaucoup de gens circulent, le Service des loisirs a pensé bonifier le visuel pour que ça n’ait pas juste l’air d’un chantier. […]Quand on a rénové l’hôtel de ville, on a fait descendre des grands rideaux avec une image, ici [place Jacques-Cartier, Saint-Roch], on a voulu le faire pour l’édifice Fresk parce que la SDC trouvait ça difficile et finalement, le projet est allé plus vite que prévu, on ne l’a pas fait. Idéalement, quand il y a des gros chantiers qui sont très invasifs, on souhaite toujours qu’il y ait des murales, mais on ne le fait pas tout le temps. […]Ils le font uniquement quand ce sont des terrains de la Ville. La Ville n’interviendra pas sur tout le tour du bâtiment, ce n’est pas notre chantier, c’est le chantier des Habitations Durocher. […] La murale fait 180 pieds du côté du parc, [les citoyens mécontents] peuvent s’exprimer sur tout le reste de la palissade. »

Éthique artistique questionnée

Rencontré sur place vendredi dernier, Pierre Bouchard était un peu dépité des commentaires lus sur les réseaux sociaux au fil de partages d’un texte publié par Droit de parole , qui déplorait un effacement de la voix citoyenne.

pbouchard_selfie_muralenewjoecoolJe me fait questionner sur mon éthique artistique sur Facebook, par des pairs… C’est comme s’ils ne me connaissaient pas… Je m’implique dans la communauté depuis longtemps, avec les jeunes, j’ai organisé des activités bénévolement…Le mur était blanc au départ, j’ai envoyé ma soumission le 20 octobre, je ne suis pas revenu voir le mur. C’est quand je suis venu commencer la murale que j’ai vu [les inscriptions des citoyens]. Il y en avait aussi toutes sortes d’autres, comme le révoluchien. […]Je veux contacter le comité de sauvegarde, je les comprends super bien ! Un gars est venu me voir avec son chien en me disant : « ouais, c’est beau, hein ? c’est de valeur pour toi, mais on va repasser en mettre par-dessus ». J’arrive le matin sans savoir ce que je vais trouver… »

Mise au courant de réactions négatives d’artistes sur les réseaux sociaux, Chantal Gilbert s’est étonnée :

J’en suis une artiste moi, je viens de ce milieu-là. Je voudrais bien savoir quelle sorte d’artistes sont en désaccord qu’un autre artiste ait un contrat pour faire une murale sur le côté du parc. Je serais bien curieuse… Si on avait fait ça tout le tour, ce serait autre chose, mais là, il n’y a pas de censure.

Du côté du Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS), Éric Martin a réagi à la controverse par ces propos :

Le Comité constate que, depuis 2 ans, la Ville de Québec refuse de rencontrer les nombreux intervenants qui réclament la suspension du permis de démolition du Centre Durocher et que maintenant elle investit l’argent des contribuables pour effacer la parole citoyenne qui revendique l’accès à l’art et à la culture. C’est une atteinte directe aux principes démocratiques de représentativité et de liberté d’expression. »

Propos de Chantal Gilbert recueillis par Céline Fabriès (Monmontcalm).