Malaise urbain

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C’est juste moi ou on n’entend pas souvent parler d’urbanisme à l’hôtel de ville de Québec ?

Il me semble que les seules fois où on en a discuté un peu ces dernières années, c’était pour aborder le faux problème de la congestion routière à Québec.rivière Saint-Charles, quartier Saint-SauveurC’est d’autant plus étonnant que planifier le long terme afin d’assurer le bien-être des citoyens et la qualité de l’environnement – la définition de l’urbanisme – est l’un des rôles fondamentaux des villes.C’est aussi étonnant dans la mesure où Québec est un exemple en matière d’urbanisme. Pensons au succès passé de plusieurs grands chantiers de revitalisation (quartier Saint-Roch), de réhabilitation (rivière Saint-Charles), d’implantation d’équipements collectifs (réseau de bibliothèques publiques). Ou encore aux grands projets coordonnés par la Commission de la capitale nationale du Québec (promenade Samuel-de-Champlain, réaménagement du secteur du Parlement, etc).Même l’opposition municipale reste quasi muette sur le sujet, alors qu’à mon avis, il y aurait là matière à gagner facilement du pointage politique.2016-10-12-centre-durocher-demolition-pano-mss-01La démolition du Centre Durocher, dernière mouture d’un espace public qui aura été au cœur du quartier Saint-Sauveur durant près de 150 ans, n’aura ainsi provoqué de la part de Démocratie Québec qu’une demande de dernière minute, perdue d’avance, pour faire suspendre le permis de démolition. Quant à Équipe Labeaume, personne n’y aura eu le moindre mot en faveur de la préservation de la vocation publique de ce lieu irremplaçable. Avec un peu de vision, il aurait pu contribuer à la relance d’un quartier populeux et ainsi participer au développement durable de notre ville bien plus que tous les projets d’« écoquartiers ».Je pourrais citer bien d’autres exemples, ces dernières années, d’absence de prise en compte des enjeux urbains dans la réalisation de grands projets d’infrastructures, ou de manque de cohérence dans certaines décisions… Ceux qui s’intéressent au sujet les connaissent déjà aussi bien que moi.

Scepticisme urbain ?

On pourrait mettre tout cela sur le compte du style autoritaire de notre maire ou sur l’absence d’une opposition municipale efficace… Je me demande parfois si l’explication n’est pas plus simple : et si, tout simplement, nos élus ne croyaient pas à l’urbanisme ?Ce scepticisme urbain, qui touche aussi l’architecture contemporaine et le patrimoine bâti, est à mon avis assez répandu au Québec. Je ne vois pas pourquoi nos élus municipaux y seraient immunisés.2016-10-15-rue-saint-vallier-mssUne partie de l’explication est sans doute culturelle, puisque nos compatriotes anglophones sont généralement plus sensibles à ces questions.Lors d’une formation il y a quelques années, j’ai croisé un ingénieur qui m’a dit exactement ça : « Moi, je ne crois pas à l’urbanisme ». Pour lui, cette science n’était que du vent, et tous ceux qui l’étudiaient ne faisaient que perdre leur temps. Je ne m’en étais pas trop formalisé, il avait bien droit à ses opinions. Après tout, je refuse de croire que Donald Trump puisse exister, mais ça ne le fera pas disparaître pour autant…Ce mépris de l’analyse urbaine comme préalable à la prise de décision est plus grave lorsqu’il touche des élus dont les décisions auront parfois des impacts majeurs sur le territoire, et ce, durant des décennies. Les élus disposent pourtant d’une fonction publique qui, je n’en doute pas, est pleine de talents capables de les éclairer au sujet de cette science pas si abstruse. Encore faudrait-il les écouter…Saint-Sauveur vient de perdre un lieu irremplaçable. Cette décision aura des conséquences sur le quartier, mais constitue surtout une opportunité ratée. D’autres décisions à prendre sur de grands projets urbains prévus ou en planification pourraient cependant avoir, dans les prochaines années, des conséquences beaucoup plus graves sur notre environnement, notre qualité de vie et notre portefeuille collectif.On dit souvent qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre. Espérons que ce soit vrai, et que l’on se mette à entendre plus souvent le mot urbanisme dans la bouche de nos élus.