Trajectoires : fenêtre ouverte sur le monde de l’itinérance

Affiche, 14e Nuit des sans-abri, photo par Isabelle Houde
Gauche : photo de l’exposition Trajectoires par Isabelle Houde. Droite : Affiche de la 14e Nuit des sans-abri.

Jusqu’à la fin du mois d’octobre a lieu au Tam Tam Café, une exposition de la photographe Isabelle Houde portant sur la communauté autour des personnes marginales, en situation ou à risque d’itinérance.

Le lieu d’exposition fait figure de pilier de cette communauté : le Tam Tam Café est le premier établissement à Québec à offrir à sa clientèle des cafés, soupes et sandwichs en attente, un concept importé des cafés d’Europe. Un client paie pour un produit qui sera listé sur une ardoise avec la mention en attente. Une personne dans le besoin peut ensuite se présenter et commander un de ces produits, sans avoir à le payer. C’est une excellente manière pour monsieur et madame tout le monde de donner au suivant, tout en sachant que son argent permettra à quelqu’un de se réchauffer, de manger à sa faim, d’avoir l’impression que quelqu’un pense à lui. Bref, le Tam Tam Café est un lieu tout indiqué pour recevoir une exposition portant sur la communauté entourant les personnes à risque ou en situation d’itinérance.

Une fenêtre sur une communauté

L’initiative vient d’Anne-Marie Larochelle de Lauberivière. En collaboration avec Magalie Parent du Regroupement pour l’aide aux itinérantes et itinérants de Québec (RAIIQ), elle a approché la photographe Isabelle Houde afin de réaliser une exposition à présenter lors de la Nuit des sans-abri le 16 octobre prochain. Lorsque la photographe s’est rendue au Tam Tam Café pour immortaliser les personnes et les actions qui viennent en aide aux personnes marginalisées, la gérante de l’endroit a proposé de présenter l’exposition tout le mois d’octobre dans le restaurant. Une opportunité inestimable pour les organisatrices.

On avait envie de montrer les gens, les milieux de vie et la réalité des personnes à risque ou en situation d’itinérance, bref d’ouvrir une fenêtre sur la communauté », mentionne Mme Parent.

Parce que oui, c’est une communauté. Le RAIIQ compte de nombreux organismes répartis partout dans la ville de Québec, qui offrent différents services à la population, de l’aide alimentaire à l’hébergement d’urgence, en passant par les soutiens de toutes sortes. Les deux instigatrices du projet mentionnent que l’exposition ne présente pas tous les intervenants, organismes ou milieux de vie. Elles espèrent qu’elle sera la première d’une longue série permettant de mettre en lumière cette communauté tissée serré. Pour Isabelle Houde, la photographe, ce fut une expérience émotive.

Comme beaucoup de gens, j’avais des préjugés sans le savoir. En prenant ces photos, j’ai réalisé que je photographiais de vraies émotions, autant dans des objets, des situations que chez les gens. Je suis moi-même surprise de voir toute la beauté de ce milieu. Il y a une belle complicité chez les intervenants, et ça m’a beaucoup parlé; ça change une perception. On devrait tous s’attarder au côté humain de ces situations. »

Des portraits en nuances

Trajectoires est axée sur l’hébergement d’urgence et les services connexes : aide alimentaire, vestimentaire, etc. Les photos d’Isabelle Houde sont sensibles et permettent de constater la variété des situations vécues par les personnes marginales ainsi que la diversité des organismes. Deux thèmes se dégagent de l’ensemble des photographies : la grande solitude vécue par les personnes photographiées, mais aussi le fait que les utilisateurs des services sont dépouillés d’espace personnel quand ils ont besoin d’hébergement d’urgence. C’est donc une solitude vécue dans une foule en quelque sorte.Les photos illustrant les milieux de vie qui accueillent les personnes marginalisées de vie des organismes sont surprenantes : chaises colorées dans les cafétéria, douches communes, dortoirs, salles de jeux, bancs de parcs, entrées de commerces… Isabelle Houde présente un portrait sans préjugés des lieux fréquentés par les usagers. Elle capture également l’étincelle dans les yeux et la passion des équipes de travail qui soutiennent ces gens dans le besoin. L’amitié, la dignité et le respect des usagers sont palpables sur les photos.L’exposition amène beaucoup de nuances au spectre de l’itinérance.  Lorsqu’on imagine une personne itinérante, on pense tout de suite à une personne marginalisée dormant sur un banc, mais la réalité est tellement plus large que cette idée! Quelques photos présentant diverses initiatives démontrent justement cette idée préconçue, par exemple le frigo communautaire ouvert à tous dans Saint-Roch, l’ardoise du Tam Tam Café, le Journal La Quête qui permet à des personnes marginalisées d’avoir un revenu, etc.

Se rapprocher pour mieux voir…

Le Tam Tam Café offre une visibilité inespérée à l’exposition, mais pose plusieurs contraintes de présentation des œuvres. Le lieu étant grand et l’espace disponible sur les murs, restreint, plusieurs photos ont été regroupées par thèmes sur de grands cadres. L’effet saisissant de certaines images est donc estompé; il faut vraiment prendre le temps de s’approcher et d’admirer les photos individuellement pour en saisir les détails.On pourrait faire un parallèle avec la réalité des individus photographiés : plusieurs des personnes mises en valeur dans les portraits sont des gens que l’on croise au quotidien, mais que l’on ne remarque pas nécessairement, que l’on tente parfois même d’oublier. En se concentrant sur le fait que ce sont d’abord et avant tout des personnes, qui ont parfois besoin qu’on leur redonne de la dignité, on vit une expérience complètement différente et très valorisante. Il faut aborder l’exposition de la même manière : le contexte n’est peut-être pas parfait pour vraiment mettre en valeur le côté saisissant de l’ensemble, mais pouvoir l’admirer dans un lieu qui permet la rencontre et la mixité sociale vaut toutes les galeries d’art du monde.En somme, l’expérience est fort intéressante et le sera assurément lors de la Nuit des sans-abri, où des dizaines de personnes passeront la nuit dehors pour se familiariser avec la réalité des gens pour qui l’itinérance est devenue la seule option. Les photos, présentées dans ce contexte, auront certainement une résonance encore plus vraie et émotive. Ce sera une expérience à vivre ce vendredi 16 octobre dans Saint-Roch.On peut visiter l’exposition Trajectoires :

  • Au Tam Tam Café jusqu’au 31 octobre.
  • Durant la Nuit des sans-abri le 16 octobre à place de l’Université-du-Québec.