Tenir cuisine au Pied Bleu

Jean-Jacques Pelletier, David Desjardins et Simon Dumas, devisant au Pied Bleu. Photos : Elias Djemil

La communauté littéraire de Québec s’est donné rendez-vous dans ce resto de Saint-Sauveur mardi dernier pour écouter, entre deux bouchées, David Desjardins et Jean-Jacques Pelletier.

Il n’y a pas que des personnalités politiques connues comme Sol Zanetti et Véronique Hivon qui vont manger au Pied Bleu afin de tourner la planète PQ de bord. Il y a aussi des auteurs et chroniqueurs assez connus merci qui viennent s’y entretenir et faire bonne chère. Le mardi 14 avril, à 19 h, une quarantaine de convives ont pris d’assaut Le Pied Bleu pour assister à la soirée de financement des Productions Rhizome, une boîte de production de spectacles littéraires ancrée à Québec, et qui essaime ici et ailleurs. Son équipe avait eu la bonne idée d’organiser cette soirée « Littérature, gastronomie et Apocalypse ».Photo : Elias Djemil/eliasdjemil.com Qu’y avait-il là pour nous allécher? Les charcuteries, le boudin et le pinard du Pied Bleu, ça va de soi, mais aussi la présence de Jean-Jacques Pelletier, l’auteur de polars politiques bien connu, et David Desjardins, chroniqueur entre autres au Devoir et à l’Actualité. L’événement « Thania et Louis tiennent cuisine », du nom du sympathique couple propriétaire du restaurant, se voulait une espèce de salon littéraire comme Rhizome en a le secret, mais en formule plus festive.Si j’aime le Pied Bleu et son atmosphère chaleureuse, je dois avouer que j’y allais tout autant pour encourager Rhizome, porté à bout de bras par un ancien collègue d’études, Simon Dumas, que pour y voir et entendre David Desjardins, qui allie deux « atouts » rares à mon sens, intelligence et belle gueule, scusez-là! J’étais donc certaine de ne pas y manger idiot.

En guise d’apéritif

Nous arrivons : deux grandes tablées familiales comme je les aime. On fait connaissance, on papote; l’atmosphère est bonne, déjà. Il y a la gang de la librairie Pantoute qui est là, des employés de la revue Le libraire, le directeur de la Maison de la littérature qui verra bientôt le jour à Québec et d’autres fous de littérature que je ne connais pas. Thania et Louis sont à pied d’œuvre et déclinent à la criée le menu de la soirée : 7 services selon la formule du Pied Bleu, les plats à partager, et on se demande si on ne va pas s’écrouler mort d’ici la fin de la soirée.SDumas_Pied Bleu_2En guise d’apéritif, Simon Dumas, poète de son état et directeur général artistique de Rhizome, présente cette entreprise qu’il a fondée il y a 15 ans déjà et qui trouve mille et une façons de faire vivre la littérature, que ce soit par des publications, des performances, des installations et des spectacles qui font appel aux technologies numériques et qui ont lieu au Québec, mais aussi en France et en Belgique.

Parle-parle-jase-jase

Pendant qu’on nous gave de charcuterie, de salades et de poisson, Simon anime la conversation entre Jean-Jacques Pelletier et David Desjardins qui se livrent de bon gré. Après avoir parlé du pouvoir des médias, des beautés et de la vacuité de Facebook, les deux penseurs de gauche se lancent, à peine l’agneau arrivé, sur la famille comme projet de vie et la mort de la communauté. Jean-Jacques Pelletier pourrait deviser des heures sur la théorie de la conspiration, qu’il abhorre, alors que David Desjardins pourrait parler sans fin de la consommation frénétique pratiquée par notre société. Entre le boudin et le plat de fromage, tous deux expliquent à quel point l’écriture leur permet de digérer l’information dont on nous bombarde, et leur sert de refuge pour s’arrêter et cogiter à l’heure de l’instantanéité.

Le mot de la fin…

Gavée comme une oie, je ne sors pas indemne de cette soirée. Après m’être fait énumérer tous les travers de ce monde par Jean-Jacques Pelletier, je remonte lentement à la surface et réussis à grand-peine à entamer mon brownie et ma poire pochée. Me sentant un peu coupable d’avoir abusé des bonnes choses de la vie, je lève mon verre… d’eau – il faut bien être sage –, souhaite longue vie à Rhizome, au Pied bleu et aux soirées et culturelles dans Saint-Sauveur, et tire ma révérence sans avoir eu l’audace de saluer le chroniqueur qui égaie ou enténèbre, c’est selon, mes samedis matin.