Patrimoine religieux : la débâcle des clochers

Source : La Presse, Kathleen Lévesque, 31 octobre 2015 

Tous les 10 jours depuis 12 ans, le Québec voit disparaître une page de son histoire avec la transformation, la fermeture ou la démolition d’une église. Voici un état des lieux de ces églises, témoins d’une époque révolue, devenues trop grandes et trop onéreuses.

Depuis 2003, une église sur six a fermé ses portes au Québec. (…)Les municipalités sont grandement sollicitées pour reprendre en main ces grands bâtiments vides. Depuis 2003, 95 églises ont ainsi été rachetées par le monde municipal. Mais à la suite des élections de 2013 dans les villes et villages, des projets ont été suspendus ou carrément rejetés par les nouvelles équipes en place. (…)

Fidèles de moins en moins fidèles

« C’est le point de rassemblement où les gens ne se rassemblent plus », constate le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, en entrevue à La Presse.

Il faut vivre avec cette réalité-là. Je ne voudrais en fermer aucune. Elles sont toutes belles et elles sont le témoin d’un riche passé. Mais on ne peut pas dire qu’on va mettre des centaines et des centaines de milliers de dollars, et même des millions, si on ne peut pas payer notre personnel pastoral, si on ne peut plus continuer à soutenir les pauvres et les organismes communautaires. On ne peut pas tout mettre notre argent sur la pierre, le plâtre et le chauffage. Il faut un budget aussi qui s’occupe des gens et qui transmet la foi. »

Le risque de voir disparaître des pans du patrimoine religieux est intimement lié à la désaffection de l’Église et aux revenus qui sont de moins en moins au rendez-vous. (…)

Des paroisses sans le sou

Avec la dégringolade de la fréquentation des églises, on constate que les coffres des paroisses se vident jusqu’à se rapprocher de la faillite. « Si on ne fait rien, l’espérance de vie de nos églises est de 10 ans », soutient le responsable du service des fabriques au diocèse de Québec, Rémy Gagnon.Dans le diocèse de Québec, 63% des paroisses sont en déficit pour l’année en cours, soit 127 des 201 paroisses (qui comptent 239 églises). De ce nombre, 40 fabriques sont en déficit chronique, depuis donc plus de quatre ans.Pour remédier à la situation, l’archevêché a décidé de réduire le nombre de fabriques d’ici à 2020, de 201 à une quarantaine. Ce sont les églises qui seront touchées par le ressac. (…)[ Tout l’article. À lire aussi : « Une paroisse, une église, un homme » : exposition permanente. ]