Maison de la culture : la balle rebondit

CentreDurocher
Ex-Centre Durocher, 2014.

Réaction de Nicol Tremblay, président du Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur, à l’article « La balle est dans le camp d’Agnès Maltais, selon la Ville de Québec », paru dans Le Devoir du samedi 29 août 2015.

Le Devoir nous apprenait que Mme Chantale Gilbert, conseillère municipale du quartier Saint-Sauveur, souhaite renvoyer la responsabilité de réaliser la Maison de la culture de Saint-Sauveur à Mme Agnès Maltais, députée de Taschereau.À notre avis, ces propos dénotent une méconnaissance de la dynamique municipale, car les projets d’infrastructures culturelles et communautaires doivent émaner d’une demande de la municipalité vers les paliers gouvernementaux supérieurs, et non l’inverse. Alors que Mme Gilbert considère que ce n’est pas dans la « mission » de la Ville de piloter ce genre de projet, il apparaît utile de rappeler que la culture est une compétence partagée. D’ailleurs, c’est pour cela que la Ville de Québec s’implique de manière très proactive dans des dossiers qui sont en train d’éclore à Québec, tels que la Maison de la littérature ou la Maison pour la danse. Nier la responsabilité de la Ville dans le dossier de la Maison de la culture de Saint-Sauveur, qui vise à fournir des services culturels à une population laissée pour compte, revient à fuir ses obligations.Mais encore faudrait-il que Mme Gilbert, élue responsable du développement social, reconnaisse les besoins de la population qui sont à l’origine du projet de Maison de la culture. Car, à ce sujet, Mme Gilbert semble faire preuve d’une certaine méconnaissance. Au lieu de défendre les services que les 16 000 résidents ont le droit de réclamer, la conseillère considère qu’ils sont chanceux d’être à proximité de la Bibliothèque Gabrielle-Roy. Pourtant, cette bibliothèque n’a rien d’un service de proximité puisque la population doit, bien souvent, parcourir plus de 2 kilomètre pour y accéder. Une telle distance entre la population et les équipements municipaux est néfaste. L’éloignement décourage, il ne favorise pas l’alphabétisation ni l’accès au savoir, à la culture et aux outils technologiques.Faut-il rappeler que la population du quartier Saint-Sauveur vit dans des conditions matérielles difficiles, que les taux de décrochage scolaire et d’analphabétisme y sont très élevés et que les difficultés en littératie y sont des plus préoccupantes ? Ces problèmes, qui affectent particulièrement nos jeunes et nos aînés, génèrent des besoins qui doivent être comblés en développant une approche de proximité envers les clientèles vulnérables et à risque.Mais selon le point de vue de Mme Gilbert, les résidents de Saint-Sauveur devraient se satisfaire, et même être heureux, de la situation actuelle, car « dans Vanier et Beauport, l’offre en culture est encore plus limitée ». En plus d’être erronés – puisque ces deux quartiers possèdent une succursale de bibliothèque, un auditorium ou un lieu d’exposition – ces propos dénotent une vision misérabiliste de notre quartier, celle d’un quartier condamné à ne pas recevoir d’investissement de la Ville. On s’attendrait plutôt à ce que, dans un souci d’égalité des chances, Mme Gilbert ait l’honnêteté de comparer les infrastructures culturelles de Saint-Sauveur avec celles des quartiers de la Haute-Ville tels que Montcalm, Saint-Jean-Baptiste ou le Vieux-Québec.À cet effet, le dernier rapport du Conseil de quartier de Saint-Sauveur sur le projet de Maison de la culture démontre l’enthousiasme et l’engouement des citoyens pour le projet, mais également l’impression vive et partagée que Saint-Sauveur est trop souvent à la remorque des autres quartiers de la Ville de Québec en matière d’investissements publics et culturels.[ À lire aussi : Saint-Sauveur, le quartier délaissé et Consensus pour une Maison de la culture, selon le Conseil de quartier Saint-Sauveur. ]