Salut Ti-Père!


Du haut de mes 29 ans, je n’ai jamais vraiment su ce que représentait La voûte chez Ti-Père. Je connaissais de nom, vaguement, sachant qu’il y avait un lien avec le Carnaval.

C’est par un heureux concours de circonstances que j’ai pu, jeudi dernier, aller à l’inauguration de la reconstitution du lieu mythique qu’est La voûte chez Ti-Père. Jusqu’au 16 février, cette reconstitution prend place dans le Quartier Petit Champlain, au Théâtre du Petit Champlain plus précisément. Pour l’occasion, les murs du théâtre furent tapissés de photographies provenant de Chez Ti-Père, aujourd’hui faisant partie de la collection personnelle de la famille Faucher.

Ti-Père, c’était M. Lionel Faucher, un résident de notre quartier Saint-Sauveur. Pendant la période du Carnaval, Ti-Père célébrait en grand et servait gratuitement du « Caribou » sous son toit, invitant les gens à une petite contribution volontaire. Il est aussi reconnu comme étant l’inventeur de la fameuse boisson, un mélange de porto et de Sherry. Personnage marquant du quartier, une épigraphe est d’ailleurs apposée sur son ancienne maison, située au 579 Sainte-Thérèse, aujourd’hui la rue Raoul-Jobin :

« Ici vécut Lionel Faucher (1910-1990). Surnommé « Ti-Père », figure marquante du Carnaval d’hiver de Québec, il fit de la rue Sainte-Thérèse un des hauts lieux du Carnaval. »*

Pour moi, cette reconstitution fut l’occasion de me familiariser avec un personnage légendaire, à travers les anecdotes et les souvenirs racontés par des gens qui ont côtoyé Ti-Père. J’ai d’ailleurs pu échanger quelques mots avec l’une de ses filles, une belle dame au cœur jeune, prénommée Céline. En 1958, Céline avait 18 ans lorsque son père a commencé ce qui allait devenir une tradition annuelle. Bien plus qu’un rassemblement, la voûte était littéralement une attraction. Ils étaient des milliers à y faire la file. Les plus chanceux purent en franchir les portes, plusieurs n’ayant jamais eu la chance de pouvoir rentrer tellement le lieu était populaire.

Ti-Père, c’était un homme de cœur qui avait également son caractère. N’allez pas lui dire que sa « voûte » était une « cave » ! Un terme si réductif pour décrire son lieu de fête aurait été l’insulte suprême pour Ti-Père. Car il faut dire que sa voûte était en fait son sous-sol, aménagé pour les célébrations pendant la période du Carnaval.

De nombreuses célébrités et personnages importants de l’époque sont passés par là, dont René Lévesque, Pierre Laporte, Pierre-Elliott Trudeau, la Poune, Michèle Richard, Ginette Reno et Grace de Monaco. Plusieurs maires ont d’ailleurs été intronisés à la voûte, moyennant un genou par terre et une petite tape sur les deux joues de la part de Ti-Père, maître en son antre. À bas le décorum !Ti-Père, c’est également l’homme à qui l’ont devait les monuments de la rue Sainte-Thérèse. Enfin, presque… L’histoire raconte que c’est l’un de ses fils qui sculpta un jour un monument de neige, en forme d’arche. Le monument eut pour effet de mettre Ti-Père dans tous ses états, craignant qu’un morceau de l’arche s’en détache et ne viennent blesser un passant de la rue… Ou pire ! L’année suivante, c’était Ti-Père qu’on pouvait voir en train de sculpter, accompagné d’autres résidents du quartier.Ti-Père, c’est un personnage qui s’est éteint en 1990, emportant sa voûte avec lui, bien que l’un de ses fils tenta de perpétuer la tradition l’année suivante. L’année 1991 fut la dernière année que les gens de Québec purent aller se réchauffer dans la voûte chez Ti-Père…

Avouons-le, nous sommes en droit d’être un peu jaloux que la reconstitution se tienne ailleurs que dans notre quartier. À cela, je réponds : « Mettez votre envie de côté et allez voir cet hommage à un bon-vivant de chez nous, qui vous montrera que le party existe depuis bien longtemps ! »

Jusqu’au 16 février au Théâtre Petit-Champlain, tous les jours, à compter de 11 h.

* Tiré du site de la Ville de Québec