L’avenue des Oblats en trois temps

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« Non, pas Aublats, O-B-L-A-T-S ». C’est drôle, je suis encore surprise d’avoir à épeler le nom de ma rue à tout bout de champs. Peut-être faut-il habiter le quartier Saint-Sauveur pour connaître l’Avenue des Oblats et savoir comment ça s’écrit. Mais n’empêche…

À mon humble avis, elle demeure l’une artère majeure du secteur : l’Église Saint-Sauveur, la caserne No3 et l’épicerie Lao Indochine ne sont que quelques exemples des points d’intérêt qui s’y trouvent. Bon, il faut dire qu’un oblat, ce n’est pas un mot qu’on utilise couramment dans une conversation. Et ça ne doit pas scorer tant que ça au Scrabble.

Mais au fait, c’est quoi un oblat?

« [C’est] un homme ou une femme s’étant rattaché à une communauté religieuse, généralement après lui avoir fait don de ses biens et qui en observe les règlements mais sans prononcer de vœux ni renoncer au costume laïque. » (Wikipédia)

Notre avenue des Oblats a été nommée ainsi en l’honneur des oblats qui sont venus desservir en 1853 la toute nouvelle église de Saint-Sauveur à la demande de l’archevêque de Québec, Mgr Pierre-Flavien Turgeon. Auparavant établis depuis 1844 au Saguenay, parmi ces hommes se trouvait le père Flavien Durocher (tiens, tiens, ça me dit quelque chose…) qui deviendra le premier curé de la paroisse Saint-Sauveur en 1867. À l’origine, la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée fut fondée en France en 1816 par Charles-Eugène de Mazenod (encore un lien à faire !) afin de rechristianiser les campagnes après la Révolution. Entre 1841 et 1896, ce sont 151 oblats qui vinrent s’installer au Canada, en missions étrangères. Ils se consacraient aux missions diocésaines, à l’enseignement et à l’évangélisation des autochtones, sur un territoire allant de la baie James à la rivière Rouge.

Un peu de chronologie

Selon une carte datant de 1858, l’avenue des Oblats s’inscrit sous le nom de rue Massue. À cette époque, elle n’est qu’un segment de la rue telle qu’on la connait aujourd’hui, allant seulement de l’actuelle rue De Mazenod, à la rue Bayard (point A au point B). Il y a peu de détails concernant la provenance de cette première appellation.Sur une seconde carte, datée de 1875, la rue Sainte-Gertrude prolonge la rue Massue, de la rue Bayard à l’actuelle rue Montmagny (point B au point C)*.

C’est en l’honneur de sainte Gertrude la Grande, aussi appelée sainte Gertrude de Helfta (1256-1302) que cette rue fut ainsi baptisée. Religieuse bénédictine, théologienne et mystique allemande, sainte Gertrude devint réputée pour ses visions où le Christ s’adressait à elle. Au cours de ces visions, elle était affligée de stigmates et couvrait le Christ de baisers. 

La sainte est considérée comme la patronne des Indesoccidentales, aussi connu comme le « Nouveau Monde » de Christophe Colomb. Sainte Gertrude contribue aussi à populariser la dévotion au Sacré-Cœur, très répandue au Québec.

*Le 18 avril 1890, la rue Sainte-Gertrude prend elle aussi le nom de Massue. Enfin, le 10 décembre 1926, la rue Massue prend l’appellation d’avenue des Oblats.