Un amour de Shogun

Est-ce que, comme moi, vous vous vous êtes senti comme amputé d’un membre lorsque le Shogun a dû temporairement cesser ses activités après avoir été la proie des flammes en février dernier? En d’autres mots, ne trouvez vous pas vous aussi que ce restaurant est une pierre angulaire du rayonnement moderne du quartier Saint-Sauveur, au même titre que la Taverne chez Jos Dion ou du feu casse-croûte Chez Jeannine? Bref, qu’il a mis la rue Saint-Vallier sur la map?Mais qu’est-ce qui incite les gens à faire le pied de grue devant la porte le vendredi soir en espérant obtenir une place? Comment se fait-il que cet établissement « cartonne » depuis cinq ans? Voici humblement ce que j’en pense.D’abord et avant tout : la bouffe. Je n’ai pas arpenté la rue Saint-Vallier au complet, mais le Shogun n’est-il pas le seul endroit où l’on peut déguster de délicieux sushis? Le Pad Thaï et le Shogun Tao sont aussi dignes de mention, mais j’ai les papilles qui se roulent par terre en pensant à la trilogie de tartares. La dernière fois que j’en ai commandé, j’ai eu droit à un tartare de saumon, un tartare de pétoncles (mon préféré) et à une belle fantaisie du moment : un tartare de morue charbonnière. La morue charbonnière, qui n’a rien à voir avec une morue traditionnelle et qui n’est pas en voie d’extinction, est un poisson à chair blanche et grasse. Elle fut très prisée par les japonais à une certaine époque et elle s’apprête à merveille dans la cuisine asiatique, comme en fut la preuve le sashimi que j’ai dégusté en entrée.Ensuite, comme tout bon apportez votre vin, le Shogun est un endroit où on aime « coller ». Serait-ce à cause de son décor? Beau, élégant et juste assez moderne pour garder une ambiance feutrée et zen? Ou serait-ce la musique lounge qui donne envie de se prélasser, de prendre le temps de finir la seconde bouteille de vin avant la portion de tapioca pour se rendre compte que la soirée est encore jeune et qu’après avoir réglé, on traversera sûrement à la taverne de l’autre côté de la rue?Il va sans dire que le Shogun a vraiment apporté un vent de fraicheur dans le quartier. Il me semble que depuis son arrivée, les choses bougent davantage sur Saint-Vallier. Les fervents adeptes de restaurants asiatiques plus traditionnels auront peut-être vu d’un mauvais œil son arrivée avec son style contemporain, mais quoi qu’il en soit, Ly, la propriétaire a fait du sacré bon boulot. Et si jamais vous trouvez que ça manque de rideaux de billes et autres figures asiatiques parfois kitsch, vous irez admirer le nouveau bonzaï en briques sur le côté gauche de la bâtisse, c’est vraiment cool.