Retour vers le futur

David Paré, blogueur pour Monsaintsauveur.comJ’ai longtemps entretenu un rapport amour-haine avec le quartier Saint-Sauveur. Il était tout naturel dans ma prime jeunesse de choisir le quartier Saint-Jean Baptiste comme pôle de résidence d’un jeune artiste en devenir. La basse-ville des années 90 me faisait penser à un trou mal famé où sévissait la pire des racailles autour du tristement célèbre mail Saint-Roch.Quand j’ai emménagé sur la rue Christophe-Colomb en 1999, je disais adieu à la haute-ville et à son snobisme inabordable pour le meilleur et pour le pire. C’était mon premier appartement en solo. La lune de miel a cependant été de courte durée. En revenant du cinéma un soir d’hiver, je découvre avec stupeur que la fenêtre du salon est grande ouverte. C’était mon premier cambriolage…Vidéaste amateur sans-le-sou et loin de pouvoir assurer ma subsistance, on venait de me dépouiller de mon instrument de création, de ma raison de vivre : ma caméra vidéo ! Je détestais maintenant ce quartier. Comble de malheur, le printemps et le dégel m’ont vite fait comprendre que la locataire du logement au-dessus avait quatorze chats non-opérés qui ne sortaient jamais. Je vous laisse imaginer l’odeur qui a envahi mon royaume quand le printemps a pointé le bout de son nez… J’ai appelé la ville et le logement a été déclaré insalubre. Je suis retourné chez ma mère et j’ai juré de ne jamais remettre les pieds dans ce quartier pourri.Pendant les six années qui ont suivies, je me suis réfugié à Limoilou où j’ai mené une existence paisible dans un chouette appartement, et au printemps 2006, avec zéro dollar en poche, j’ai acquis mon premier immeuble délabré dans le quartier Saint-Sauveur. Ironiquement, il était situé à 40 secondes à pied de mon «ancien» logement ! Je me rappelle encore, le premier soir, m’être dirigé vers l’épicerie l’Hébert pour y louer un film. Comme je n’avais pas encore de preuve de résidence, l’obtention d’une carte de membre semblait poser problème. J’ai donc offert au propriétaire de l’établissement un dépôt de 50$. Il m’a dit que j’avais l’air honnête et qu’il me faisait confiance. Il m’a laissé partir avec le film sans autre formalité. Décidément, je me sentais déjà un habitué.Un incident a cependant changé le cours de ma vie. J’ai eu une opportunité pour acheter une maison à Limoilou. C’était le rêve américain. Un gros plein pied, une nouvelle copine, les enfants d’ici deux ans… On dit qu’il vaut mieux vivre avec des remords que des regrets alors, pour la seconde fois, j’ai abandonné mon quartier Saint-Sauveur.Au final j’ai découvert quelque chose d’essentiel : je n’avais pas besoin de tout cet espace, ce terrain et ces idées de grandeur pour être heureux. J’avais tout ça dans mon appartement et je croyais qu’en avoir plus m’en donnerait plus. Faux. Quartier Saint-Sauveur, ça fait trois fois que je reviens te voir, je suis bien chez toi et j’en envie d’y vivre et d’apporter mon grain de sel dans ton développement. Avec le temps, j’ai éprouvé plus d’amour que de haine pour toi. Malgré nos débuts difficiles, nous avons appris à nous connaître et sommes maintenant comme un vieux couple.