La Boucherie Samson et fils et le congélateur aux trésors

Dans le quartier Saint-Sauveur, coin des rues Bagot et Durocher, il y a une boucherie où j’aime bien aller quand je cherche un beau morceau de viande, pour le BBQ par exemple. L’affiche extérieure est claire et simple; « Boucherie Samson, gros et détail » peinte en rouge et blanc. À l’intérieur, des frigos, des congélateurs, des bouchers qui travaillent la viande sur des étals et qui me préparent ce que je veux. À l’heure où la bouffe est presque une religion et que des gourous de la cuisine dictent leurs commandements, la Boucherie Samson détonne de simplicité. Chez Samson, ce n’est pas un mode de vie, un choix sociétal ou un orgasme gustatif que j’achète, c’est de la viande.C’est un commerce classique du quartier, avec une porte sur le coin, mais qui contient de belles surprises. Il n’y a pas longtemps, je suis tombé sur une tête de cochon en présentation dans le frigo. Pas une petite affaire là, une méchante grosse caboche! Juste d’imaginer l’effet dans le comptoir du Costco, j’en bavais. Elle était emballée dans un sac de plastique, alors j’en ai profité pour mettre mes doigts dans ses trous de nez, juste pour rire. J’aurais chicané mes enfants s’ils avaient fait ça. Mais j’étais seul, je me suis laissé aller.Au milieu de la place, il y un congélateur qui est un véritable coffre aux trésors : rognons, cœurs, langues, queues, poumons, estomacs et toutes sortes des pièces qui sont rarement au menu dans les cafétérias. Il y en a plusieurs que j’aimerais bien essayer, mais je n’ai aucune idée de la façon de les apprêter. Chaque fois la question me chatouillait; qui achète ces trucs ?Un homme d’origine africaine m’a un peu soufflé la réponse. Il était devant moi à la caisse enregistreuse, les bras chargés comme un mulet. Il avait carrément fait une razzia dans le congélateur aux trésors. J’espère qu’il savait quoi faire avec.

Quoi ? Tu as une boucherie qui a de la queue et de l’estomac de bœuf à côté de chez toi ! Tu es vraiment chanceux, c’est un vrai délice !» s’est exclamée ma collègue de travail, d’origine camerounaise, lorsque je lui ai demandé si ces abats étaient populaires en Afrique. « Tu m’en achètes et je t’en fais pour un dîner. »

En achetant mes morceaux d’estomac et de queue, j’ai demandé au boucher s’il y avait beaucoup de Québécois qui achetaient dans le congélateur à abats. Je veux dire des ordinaires comme moi, blancs, catholiques, francophones, groupe sanguin A positif.  Il m’a répondu que c’était rare. Habituellement, c’est plus une clientèle d’origine sud-américaine ou africaine.Mystère résolu, c’est simple de même. Une boucherie classique, avec tout ce qu’on veut, qui s’adapte à sa clientèle, sans prétention, direct dans mon quartier.La queue de bœuf c’était très bon, les collègues n’en ont pas mangé, mais les enfants ont dévoré. J’ai mangé toute mon assiette d’estomac, mais la texture est peut-être un peu moins accessible; personne d’autre que moi en a mangé. C’est probablement une question d’habitude. Ce doit être un peu comme les cretons, c’est bon, mais, au fond, ça a une drôle de tête. Sinon, en attendant d’être plus dégourdi, je peux encore me rabattre sur le rôti de côte, le contre-filet ou la bavette. Miam.

Boucherie Samson et fils374, rue Bagot418 529-4116