Îlots de chaleur urbains : un scénario de film hollywoodien (1 de 3)

Carte des îlots de chaleur pour la ville de Québec (réalisée à partir de la carte de l’INSPQ)
Collaboration spéciale de Mme Caroline ChauvelCet été, il va faire chaud dans Saint-Sauveur. Et la température ne cessera d’augmenter. Croyez-le ou non, ça ne fera que s’envenimer au cours des prochaines années… Eh non, il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe d’un film hollywoodien, mais de la préoccupante réalité. Remercions les îlots de chaleur urbains.J’ai eu la chance de m’entretenir avec Mme Caroline Chauvel, qui a terminé sa maîtrise en architecture l’an dernier, et dont les recherches ont porté sur ce sujet appliqué à notre quartier précisément.Mais d’abord, que sont les îlots de chaleur urbains?Les îlots de chaleur urbains désignent des zones où la température est très élevée, de jour et de nuit. Leur appellation provient du principe que la température est plus élevée dans les quartiers centraux et qu’il fait plus frais aux alentours de ceux-ci, lorsque l’on s’éloigne à la campagne. Néanmoins, le terme « îlot » tend à être revu puisqu’il existe également des zones très chaudes dans des quartiers non-centraux (stationnements de centres commerciaux ou zones industrielles par exemple).Depuis les années 1980, des études ont été effectuées sur la ville de Québec afin de mieux comprendre ce phénomène. Le quartier Saint-Sauveur serait l’une des zones les plus touchées par le phénomène des îlots de chaleur urbains, pour diverses raisons : les rues étroites, la densité de la population, la morphologie des tissus urbains, la forme de cuve caractéristique de la basse-ville ainsi que l’absence de végétation. La nuit, la température diminue, mais elle ne descend pas toujours suffisamment car les matériaux tels que le béton ou la brique emmagasinent la chaleur pendant une longue durée avant de la restituer la nuit. Un quartier résidentiel de la basse-ville comme Saint-Sauveur était donc tout désigné comme sujet de recherche.
Comparaison de 2 îlots possédant le même nombre de parcelles à Montcalm et à Saint-Sauveur (les images sont à la même échelle)
Originaire de Bordeaux, en France, Mme Chauvel travaille actuellement à Montréal, pour la firme Réal Paul Architecte. Son projet de dernière année à la maîtrise en architecture de l’Université Laval traitait de la relation entre le climat et la ville. Les études portent habituellement sur le climat qui influence l’apparence de la ville. Mme Chauvel désirait plutôt savoir l’inverse, soit comment les bâtiments et l’espace urbain peuvent avoir une influence sur le climat. Ses recherches et théories se sont attardées à la plus petite échelle architecturale, appelée « îlot », par opposition à des échelles de plus grandes envergures telles qu’un quartier ou une ville globale. Pourquoi la plus petite échelle? Car il est possible d’intervenir à ce niveau, grâce à la conception de l’espace public (design urbain) et à l’architecture des bâtiments.Sa thèse reposait sur les facteurs de la chaleur retrouvée en ville à la plus petite échelle, à travers l’étude de différents phénomènes :

  • D’abord, l’écoulement du vent, qui connaît une accélération ou une protection en fonction de la géométrie (la position, la hauteur des bâtiments et la disposition des rues).
  • Ensuite, la géométrie de la ville amplifie le rayonnement solaire. Ce dernier est réfléchi en partie dans la nature, mais rebondit sur les bâtiments et s’emmagasine dans certains milieux urbains.
  • Puis, la nature des matériaux avec leur capacité thermique (quantité de chaleur mise en réserve lorsque la température du matériau augmente) et leur albédo (pourcentage de rayonnement solaire réfléchi par le matériau). La couleur blanche reflète 100% des rayons solaires, tandis que le noir en absorbe 100%.
  • Finalement, l’évapotranspiration, qui se résume à l’importance de la présence de végétation et de la porosité des sols absorbent la chaleur et qui créent un rafraîchissement.

Elle a ainsi conçu un projet de logements idéaux, qui visent à rétablir les mécanismes et ainsi diminuer l’empreinte humaine sur le climat tout en assurant le confort de ses habitants. Au total, 22 nouveaux logements ont été élaborés, sur une parcelle de la rue Saint-Vallier (où l’on trouve une station-service).Ce scénario peut-il connaître un heureux dénouement? Ne manquez pas la suite qui présentera ce projet de logements idéaux !