Histoire de l’aqueduc de Québec (3)

L’église Saint-Jean-Baptiste avant l’incendie de 1881 et vue générale sur le quartier Saint-Sauveur. Source : Archives nationales du Québec.

AQUEDUC ET PATRONAGE

 Québec a connu de nombreux incendies dévastateurs au milieu du XIXe, et la ville doit faire face de nouveau, le 8 juin 1881, à une conflagration majeure. L’élément destructeur rase une partie des faubourgs Saint-Jean et Montcalm. L’église et le presbytère Saint-Jean Baptiste sont la proie des flammes et plus de 1,500 familles se retrouvent sur le pavé. Le travail des pompiers est entravé par l’incapacité de l’aqueduc de fournir suffisamment d’eau pour combattre le fléau.Le journal Le Canadien écrit le lendemain de l’incendie : « Nous avons de l’eau à pleines rivières; allons-nous nous décider à en garder quelques milliers de gallons pour nous empêcher de rôtir tous vivants ». Ce drame provoque une augmentation importante des tarifs d’assurance-incendie. Il amène aussi une prise de conscience chez les citoyens de la nécessité d’améliorer le réseau d’approvisionnement en eau afin de mieux les protéger d’une catastrophe majeure. Depuis la conflagration de 1881, les compagnies d’assurance-incendie ont perdu confiance dans la ville de Québec.Le maire François Langelier (photo), en fonction de 1882 à 1890, soutient que ces compagnies augmentent leurs tarifs de manière scandaleuse. Des pétitions sont signées et des réunions publiques sont organisées. Mais la solution repose sur un nouvel aqueduc, et le maire en fait sa priorité.Le conseil municipal adopte en mai 1883 un règlement pour autoriser la construction du nouveau réseau d’approvisionnement en eau. Pour un demi-million de dollars, un tuyau en fonte de trente pouces de diamètre sera installé entre Lorette et Québec sur une distance de neuf milles. Il augmentera la capacité de l’aqueduc de 2.5 millions de gallons impériaux d’eau par jour à 10 millions. L’attribution de ce contrat va provoquer une polémique. Dans un premier temps, le conseil subdivise le contrat pour favoriser plusieurs entrepreneurs locaux. Le 28 mai 1883 dans une lettre publiée dans le journal Morning Chronicle, l’ingénieur de la Cité Charles Baillargé dénonce la façon de faire et accuse des conseillers municipaux d’avoir reçu des montants d’argent pour voter ces contrats. François  Langelier suspend immédiatement le fonctionnaire. Après des excuses publiques, le maire rétablit Baillargé dans ses fonctions. Il faut savoir que depuis 1833, les échevins et les conseillers municipaux ne sont pas rémunérés pour leur fonction : ils profitent donc de leur poste de conseiller ou d’échevin pour développer leur réseau d’affaires et placer leur monde. Plusieurs conseillers municipaux sont membres de conseils d’administration ou actionnaires de compagnies, surtout de chemins de fer. Ces entreprises font des affaires quotidiennement avec la Ville. Le maire Langelier reconnaît le problème dans son bilan en 1888. Il déclare : « J’admets qu’il y a pu y avoir quelques brebis galeuses qui ont profité du conseil, mais moins que dans le passé ». Le fait de débattre des questions de conflit d’intérêts indique, pour la première fois, une politisation partisane des débats au conseil municipal.Finalement, c’est Horace Beemer, entrepreneur ferroviaire impliqué dans la construction du Québec-Lac Saint-Jean, qui obtient le contrat du nouvel aqueduc. Une consultation des propriétaires de Québec viendra clore ce dossier le 11 juin 1883. Moins d’une centaine d’électeurs approuvent l’entente par un vote de 48-18. Les journaux dénoncent l’apathie des citoyens pour les affaires municipales.

Dernier volet le 10 mars

 [ Parties 1 et 2. En complément : capsule radio. ]