Balade urbaine dans le Parc industriel Saint-Malo (1)

Zone industrielle Saint-Malo, quartier Saint-SauveurLe parc industriel Saint-Malo se réveille tranquillement au rythme des dix huit roues qui entrent et qui sortent de ce labyrinthe de rues sans trottoirs, bordées d’usines hérissées de cheminées, d’entrepôts d’où s’échappent des bruits métalliques. Le site est vaste et c’est facile de s’y perdre, un lieu un peu hors du temps, hors de l’agitation urbaine des quartiers centraux.

Publicité

Un interstice urbain qui mérite le coup d’œil

J’entre dans le parc par la rue de Verdun. A ma droite , un terrain vague qui abritait autrefois des grosses cuves noires remplies de gaz, qui montaient et descendaientt en fonction de leur remplissage. Aujourd’hui le terrain est en friche et probablement contaminé! Un jour peut-être, un promoteur y construira des condos-loft flambants neufs au style industriel ! La tendance massive à la désindustrialisation des centres ville est bien visible ici mais, pour le moment, c’est plutôt désert. Je traverse la voie de chemin de fer envahie par les herbes folles et me voilà dans le parc industriel Saint-Malo.Ce qui est frappant, c’est que l’endroit est situé très proche de la ville, aux limites de la partie habitée de Saint-Sauveur et pourtant, peu d’âmes et encore moins de piétons, s’y aventurent en dehors des travailleurs ! Un lieu si proche de la ville mais qu’on ne connait pas vraiment, une sorte d’interstice urbain qui mérite pourtant le coup d’œil.

Un témoin de l’histoire

Si on pousse la promenade, on arrive toujours à un bout d’autoroute, une voie ferrée, un terrain vague, parfois synonyme du grand désert urbain un peu hostile au promeneur-explorateur urbain. Mais ce qui est frappant, c’est que le lieu dégage un léger parfum de nostalgie étrange qui vous entraine subitement d’un siècle à un autre. On verrait presque les ouvrières à bicyclette quitter l’usine de la chaufferie Saint-Malo pour rejoindre le faubourg !C’est que la physionomie du parc se conjugue avec la grande histoire. Au début du XXe siècle, l’ouest du quartier commence à s’industrialiser et le parc devient le principal complexe industriel de Québec. Pendant la seconde guerre mondiale, Saint-Sauveur contribue à l’effort de guerre grâce à l’Arsenal qui s’installe dans le parc. Au plus fort de sa production, le complexe emploie plus de 7000 employés qui fabriquent des munitions et on peut facilement imaginer, que de nombreuses femmes du quartier travaillent alors dans ces grandes usines de brique.

Pain à l’ail et clôture industrielle

Poussée par la curiosité d’en savoir un peu plus sur cet endroit si méconnu, je contacte Charles Demers, le gouverneur du parc qui me parle avec passion de ce lieu parfois mal aimé. Il le connait comme sa poche et en connaît aussi toutes les issues. Rassurée, je n’ai plus peur de me perdre dans ce dédale ! Au détour d’un entrepôt, une forte odeur  de pain à l’ail nous surprend. Le vendredi, c’est le jour du pain à l’ail parait-il ! En effet non loin de là sont confectionnées des tonnes de petits pains. C’est qu’on trouve de tout dans le parc industriel m’explique Mr Demers. Autrefois c’étaient des fabriques de chaussures et de pneus, des ateliers en tout genre et tous avaient un nom anglais… Maintenant se sont des buanderies industrielles, une usine de recyclage de papier, des clôtures métalliques et des produits nettoyants. Le parc, c’est 2 160 travailleurs pour 159 entreprises dans tous les domaines !

Un espace urbain en transition

En tant que gouverneur, le rôle de Mr Demers est de s’assurer et d’entretenir le lien entre les entrepreneurs qui occupent un espace dans le parc.  Pour le moment, la fierté et le sentiment d’appartenance n’est pas au rendez-vous. C’est vrai que c’est difficile de rendre attractif un espace qui semble un peu abandonné et en marge de la ville, et il faut croire que le secteur primaire n’est pas trop à la mode, certaines usines sont abandonnées, taguées. Mais cela pourrait bien changer d’ici quelques années avec la mise en place de nombreux projets verts qui pourraient bien transformer le visage du parc et lui rendre une belle effervescence ancrée dans le XXIe siècle…A suivre…