La renaissance de la paroisse Notre-Dame de Grâce

Église Notre-Dame de Grâce
Image d’époque tirée du blogue consacré à la paroisse

L’église patrimoniale Notre-Dame de Grâces, située sur la rue Arago dans le quartier Saint-Sauveur, tombait sous le pic des démolisseurs dans le courant de l’été 2009. L’historien Dale Gilbert décide alors de faire revivre avec sa plume l’histoire de cette paroisse disparue dans un livre intitulé De cloches et de voix.

Grâce aux archives dépouillées et aux témoignages recueillis, l’historien nous raconte la vie passionnante et intense de cette communauté de la basse ville entre 1924 et 2009. Entassés entre les rues Bayard, Napoléon, le boulevard Langelier et la falaise du coteau Sainte-Geneviève, vivaient avant 1945 plus de 4000 résidents alors qu’aujourd’hui ils sont autour d’un millier.

L’auteur nous raconte de manière vivante l’histoire de cette paroisse. Il nous fait revivre la sociabilité intense de cette communauté où l’on connaissait tous ses voisins, où l’on fréquentait assidûment les commerces du quartier et où l’on se regroupait le dimanche et les jours de fête autour de son célèbre curé Édouard Lavergne pour des célébrations religieuses somptueuses dans l’église ou près de la grotte au pied de la falaise.

Ce livre possède plusieurs qualités. Il resitue très bien les origines de cette paroisse et l’inscrit admirablement bien dans l’histoire du quartier Saint-Sauveur et dans l’évolution urbaine de la ville de Québec. L’auteur ne raconte pas seulement l’histoire des notables du quartier, mais il porte son regard avec tendresse sur les habitudes de vie des résidents de ce quartier ouvrier et modeste.

Il tente de nous faire comprendre les us et coutumes de ce monde disparu après 1945 avec l’exode de la population vers les bungalows de la banlieue et ses centres commerciaux, sans faire preuve de nostalgie. Finalement, le livre est magnifiquement illustré de cartes et de photographies originales. Il a été aussi soigneusement édité par une nouvelle maison d’édition de Québec, les « Éditions Zemë ».

Comme lecteur, nous aurions aimé en savoir davantage sur les tensions sociales et politiques qui traversaient cette communauté, par exemple lors de la grève générale de la chaussure en 1926 ou lors du référendum sur la Conscription en 1942 alors que le cardinal Villeneuve va démettre le curé Lavergne de ses fonctions pour ses prises de position politique. Mais sûrement que l’auteur nous racontera un jour dans un autre ouvrage les drames et les déchirements de cette communauté.

En attendant, nous nous réjouissons de voir de jeunes auteurs s’intéresser au passé de leur communauté. L’histoire du Québec ne débute pas avec la Révolution tranquille en 1960 et son avenir ne repose pas uniquement sur le génie-conseil, la construction et l’asphalte. Il faut aussi savoir explorer son âme et son cœur, ce qu’a très bien réussi Dale Gilbert.